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Méthode charges fixes / variables : une approche simple pour calculer le seuil de rentabilité hospitalier

Présentation réalisée par Nathalie L'Hostis le 17 avril 2025 lors du Deuxième Colloque national sur le contrôle de gestion hospitalier

Le diaporama complet est accessible ici au format pdf [+] ou en présentation interactive [+]

 

1) Introduction

Dans l’industrie, la distinction charges fixes / charges variables et le calcul du seuil de rentabilité font partie des fondamentaux du contrôle de gestion.

En établissements hospitaliers, publics ou privés, cette approche existe dans les pratiques mais reste peu formalisée dans les publications. Les méthodes portent sur des approches en coût direct et indirect, concepts utilisés dans  le retraitement comptable (RTC), l’Étude nationale des coûts (ENC) ou les modèles de coûts hospitaliers nationaux.

Le lien direct entre volume d’activité hospitalière, structure de charges et équilibre financier demeure peu mesurable, alors que les établissements de santé se caractérisent par une part majeure de leurs charges non pas variables mais fixes.

La présente contribution propose une transposition de cette lecture économique au champ hospitalier. La méthode s’appuie sur des données disponibles (balance comptable, VALID-RTC, volumes d’activité). Elle propose de calculer une marge sur coût variable, d’identifier un point mort hospitalier et de visualiser les effets de volume.

Elle a fait l'objet d'une intervention lors du second Colloque national dédié au contrôle de gestion hospitalier, qui a exposé la méthode, son cadre conceptuel et deux exemples chiffrés reproductibles.

Le document est accessible gratuitement en téléchargement en début d’article.

 

2) La démarche, des concepts à la mise en pratique

 

Une méthode de contrôle de gestion connue, peu décrite à l’hôpital

La distinction charges fixes / charges variables constitue un repère classique du pilotage économique. Dans les établissements de santé, son utilisation reste souvent implicite. La présentation propose une formalisation structurée adaptée au pilotage médico-économique hospitalier : étapes, hypothèses, cas d’usage et limites.

 

Un éclairage historique sur l’évolution des modèles de coûts hospitaliers

Une approche dans le temps montre que l’évolution des méthodes de coûts accompagne celle des organisations, marchandes ou non :

  • les premières comptabilités analytiques sont issues de l’industrialisation,

  • la distinction coûts directs / indirects puis fixes / variables apparait au XXᵉ siècle,

  • le développement de l'Activity Based Costing (ABC) a pour contexte la croissance des charges indirectes,

  • le secteur hospitalier se caractérise par une multiplication des modèles nationaux et des besoins de reporting à partir des années 1990

La complexité actuelle des organisations de santé renforce l’intérêt pour des outils lisibles reliant mesure économique et action managériale.

 

Une mise en œuvre à partir de données hospitalières existantes

La méthode fixes / variables / seuil de rentabilité repose sur trois éléments simples :

  • la balance des charges et des recettes ou VALID-RTC,

  • un typage des comptes en charges fixes ou variables,

  • une unité d’œuvre (séjours, actes, repas, séances…).

Ce socle permet de calculer une marge sur coût variable hospitalière et un seuil de rentabilité par activité.

 

Une adaptation au financement hospitalier avec l’intégration des recettes fixes

L’introduction des recettes fixes hospitalières (FIR, MIG, IFAQ…) constitue un point structurant. Cette intégration rend la modélisation cohérente avec le financement réel et permet d’identifier des effets de palier organisationnels.

 

Deux exemples chiffrés de calcul du seuil de rentabilité hospitalier

La présentation comprend deux cas complets :

  • un établissement à l’équilibre, illustrant la construction du point mort et sa représentation graphique ;

  • un établissement en déficit, montrant l’impact d’une hausse de charges (intérim, investissement, prestations) et le volume d’activité nécessaire pour atteindre l’équilibre.

Ces exemples détaillent les hypothèses et rendent la méthode directement reproductible.

 

Un outil de dialogue de gestion hospitalier et de pédagogie économique

La représentation graphique du seuil de rentabilité a de nombreux intérêts. Elle permet de visualiser :

  • le poids des charges fixes hospitalières,

  • la contribution du volume d’activité,

  • l’écart entre activité réalisée et activité cible.

Cette lecture facilite les échanges avec les équipes médicales et soignantes et soutient le dialogue de gestion hospitalier.

 

Des usages concrets pour le pilotage médico-économique

La méthode peut être utilisée pour :

  • estimer un volume d’activité cible par service,

  • analyser l’impact économique d’une évolution de charges,

  • éclairer un projet d’activité ou une réorganisation,

  • relier production de soins et appareil de production.

 

Un outil complémentaire des modèles nationaux de coûts hospitaliers

Le typage fixe / variable repose sur des arbitrages et la méthode se prête davantage aux activités avec volume identifiable. Elle constitue une lecture complémentaire du RTC et de l’ENC, orientée vers la compréhension rapide et le pilotage opérationnel.

 

3) Conclusion et perspectives

La méthode charges et recettes fixes / variables appliquée à un établissement hospitalier offre une lecture accessible du seuil de rentabilité hospitalier et du lien entre activité de soins et équilibre financier.

Son utilisation à partir de données existantes et l’appui sur des exemples chiffrés en font un support pertinent pour le contrôle de gestion hospitalier et le dialogue médico-économique.

Pour autant, des limites demeurent, ouvrant un champ d'expérimentations et d'adaptations nécessaires et intéressants pour le contrôle de gestion.

 

 

La troisième édition du Colloque national "Contrôle de gestion hospitalier" aura lieu les 2 et 3 avril 2026 à la Fondation Saint-Pierre (Palavas-les-Flots).

Le programme et les modalités sont décrits ici

Les inscriptions sont ouvertes et réalisables ici.

 

Blog Pilar - Cinq clés pour analyser des chiffres et rédiger des commentaires

Cinq clés pour analyser des chiffres et rédiger des commentaires

« Un tableau ne vit que par celui qui le regarde ». Si l’auteur de cette phrase n’est autre que Pablo Picasso et s’adresse à l’univers de l’art et de la peinture, ces mots se révèlent cependant tout à fait inspirants pour un tout autre géant des tableaux : le monde professionnel, équipé de son fidèle destrier Excel. Difficile d’imaginer aujourd’hui la gestion et le pilotage quotidien d’une structure, quelle que soit sa taille, sans le recours à des tableaux et à des « chiffres ».


Pour un meilleur confort de lecture, nous vous invitons à télécharger ce post (au format pdf).

Par commodité de langage, le texte utilise les vocables "contrôleur de gestion", "directeur", "responsable", "cadre", etc…, qui concernent aussi bien les personnes masculines que féminines. Le genre utilisé ne préjuge pas du profil de la personne et l'utilisation du masculin ne doit être perçue que comme facilitant la lecture et la compréhension de ce document.


Le recours aux tableurs est généralisé, alors même que le vénérable Excel n’existe ’que’ depuis 1985. Plusieurs raisons – non exhaustives – expliquent cela : peu cher, souple (chacun est libre de concevoir le calcul, l’organisation et la présentation de ses données), doté de plus de quatre cents formules, permettant tout à la fois de réaliser rapidement des calculs, des graphiques, des mises en forme de plus en plus percutantes, d’une capacité quasi illimitée pour les usages « courants », équipant une très grande majorité de sociétés, l’écriture de ce post est l’occasion de prendre quelque recul par rapport à ces fantastiques possibilités. Imaginez : nous venons de découvrir qu’à partir de sa version 2007, une seule feuille du fameux tableur contient plus de dix-sept milliards de cellules[1] ! Et comme on peut avoir au moins 256 feuilles par fichier… Ca en fait des chiffres

 

Pourtant, cela semble ne pas suffire. Si les prérequis techniques sont, somme toute, assez faibles et les potentiels de mesures et d’analyses très importants, dans un climat général d’incertitude, de sentiment de contraintes, de rapidité de transmission et de dématérialisation, la réception de ces tableaux peut être diversement vécue : des données, mais pour quel enseignement ? Que retirer de cette quantité d’informations, certes possiblement intéressante, mais un rien déconcertante ou décourageante tant il y en a ? Sans contextualisation, sans accompagnement (les « smileys », couleurs rouge vs. verte et autres flèches vers le haut, la droite ou le bas, ne sauraient atteindre, à notre goût, une telle ambition), il est un risque à produire uniquement des chiffres : celui d’être considéré par leurs destinataires comme un outil désincarné, froid, au service d’objectifs et de projets dont on ne peut discuter ensemble et pour lesquels le sentiment de ne pas tout comprendre renvoie à l’impossibilité d’agir et de s’exprimer.

 

Les (trop ?) nombreux chiffres présentés gagnent pourtant à être entourés de verbes. A être accompagnés de commentaires qui donnent corps, compréhension et traçabilité aux analyses produites.

Nous aimons à rappeler en formation l’importance des mots, d’une forme de narration, même dans un contexte managérial et technique. De la nécessité d’exprimer, notamment par des écrits dans le sens le plus strict et noble qui soit, les résultats issus des fameux tableaux. Pour faire montre de l’importance de cette forme de communication, rappelons que si Homo Sapiens – Sapiens [2] (c’est-à-dire nous) est apparu il y a 200 000 ans, les premiers systèmes de numérotation sont beaucoup plus récents et la naissance (passionnante) du chiffre (c’est-à-dire un symbole normé sur un support) et des opérations se positionne autour de 3 600 avant Jésus-Christ. Les tenants des approches par l’adaptation penseront qu’il nous faudra encore quelques milliers d’années pour manier les chiffres aussi aisément que les mots.

 

Dans l’attente, la proposition de cet article est d’identifier quelques clés et des éléments de méthode pour procéder à l’analyse d’un « tableau de chiffres » et élaborer des commentaires associés directs, adaptés et pertinents.

 

1ère clé : toujours penser au destinataire

Cette première règle est toujours utile à rappeler, car elle correspond, ni plus ni moins, qu’aux grands principes qui régissent toute situation de communication et que nous allons reprendre ici.

Ainsi, de façon très synthétique, communiquer suppose trois points fondamentaux (et, ceux qui voient le verre à moitié vide diront qu’ils représentent chacun les trois problèmes principaux de cette communication) :

Un émetteur :

en l’espèce, ici, le contrôleur de gestion, le directeur financier, celui ou celle qui a réalisé le tableau, qui élabore l’analyse, qui diffuse les résultats…

Un message :

constitué d’informations, idéalement verbalisé, mais parfois aussi non verbal, il s’appuie en l’occurrence sur les données chiffrées, les mesures et les (éventuels mais recommandés) commentaires.

Un récepteur :

reprenant la sphère professionnelle, il peut s’agir de cadres, directeurs, médecins, responsables de service ou de pôles, tutelles externes, presse et médias etc…

Post Pilar - 5 clés pour analyser chiffres et rédiger des commentaires - Schéma communication

 

En présentant les choses ainsi, l’on imagine bien le schéma courant qui peut être mis en place : un contrôleur de gestion réalise une extraction sur les données du personnel, il procède consciencieusement à des contrôles et à des calculs (totaux, moyennes, pourcentages…), il conçoit quelques graphiques et transmet cela à un directeur ou un responsable de service. A son grand étonnement, le directeur lui demande des informations dont certaines figurent dans son tableau, et le responsable de service ne réagit pas du tout alors que les résultats ne sont manifestement pas très « bons ».

Cette situation invite à penser à l’envers, car – tout adepte du « jeu du téléphone » le comprend très rapidement, où l’émetteur qui chuchote à l’oreille de longues phrases à son voisin, qui les rechuchote à son voisin ... découvre médusé le résultat déformé et rabougri de la bouche du dernier voisin – le plus important n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est retenu.

 

A rebours de certaines pratiques, avant de se lancer dans sa présentation, l’idée première et fondamentale est donc de se poser toujours la question suivante :

« Que doit retenir le destinataire ? »

(et non pas qu’est-ce que j’ai trouvé et qu’est-ce je veux/peux dire)

 

De façon très logique, il sera donc judicieux et recommandé de savoir qui est ou qui sont les destinataires. On n’écrira pas le même commentaire, ni de la même manière sur un possible déficit – par exemple -100 k€ (- 98 458,36 € très exactement) - selon que le destinataire soit le Directeur Général de l’établissement, le Directeur Général de l’Agence Régionale de Santé, le directeur de l’agence bancaire de la société, ou les représentants des instances du personnel, alors même que le montant est strictement toujours le même.

Ce principe est aussi une utile préparation à l’adaptation du langage et des commentaires. Par exemple, 100 k€ n’ont sans doute pas la même « envergure » pour un responsable d’un service dont les dépenses directes totales s’élèvent à 1 M€ que pour un directeur régional qui pilote 1 milliard d’euros.

Pour le premier, le commentaire pourra être : « le déficit prévisible serait de – 98,4 k€ ».

Pour le second, l’on pourra écrire : « le déficit prévisible serait de – 0,1  M€ ».

 

Pour cela, et essayant de nous adapter autant que possible à ces caractéristiques et spécificités, nous recommandons de renforcer ces messages par une présentation des résultats ramenés à la journée, à l’ETP, au nombre de lits etc… Cela passe donc aussi par des pourcentages, évoqués ici à titre d’appropriation par le destinataire des résultats. Par exemple, nous pourrions proposer comme commentaire : « le déficit prévisible représente près de 25 jours ouvrables de dépenses du service » (pour le premier cas) ou « le déficit prévisible peut être vu comme une quasi-situation d’équilibre, puisqu’il représente environ une heure de dépenses de la structure » (pour le second cas).

Nous pensons qu’écrire ce type de phrases permet au destinataire, d’une part d’avoir la mesure des chiffres, et d’autre part de faciliter sa compréhension, mais aussi le type et l’envergure des actions qu’il a à mettre en œuvre.

 

Dans le même temps, reprenant cet exemple, on clarifiera d’emblée et en français (c’est-à-dire avec des phrases) le message unique, concis et factuel que l’on pense que le destinataire doit retenir. Dans le cas présent, cela pourrait être, selon les objectifs de la communication que l’on élabore :

« L’établissement connait pour la première fois un déficit ».

« L’établissement risque d’être en déficit, mais les choses sont améliorables ».

« L’établissement est toujours en déficit mais s’est amélioré ».

« L’établissement a besoin de ressources supplémentaires pour ne pas être en déficit ».

« Un plan d’actions rapide et pratique doit être mis en place pour ne pas être en déficit ».

Cette étape précieuse permet, outre une clarification, d’orienter l’ensemble des commentaires et de les rendre, ipso facto pertinents.

 

Autre principe corollaire et un peu martial, nous l’accordons : pour que le destinataire retienne le message, il est important qu’il le comprenne. Ce but passe, notamment, par le fait qu’il NE doit PAS faire l’analyse. Ce principe fondamental est tel qu’il est toujours déconseillé de transmettre tout tableau, si brillant soit-il, sans commentaires. Ce n’est pas au lecteur à « trouver » le message, mais bien à celui qui a traité les données et les informations de préparer ces éléments, en particulier pour permettre au destinataire de se concentrer sur son rôle de décideur et de ne pas (lui faire) perdre de temps, ni d’aboutir à de possibles contre-sens ou erreurs.

Les prochaines clés en disent plus sur la manière de parvenir et d’approcher cela.

 

 

2ème clé : l’entonnoir et le ping-pong

 

Mettons-nous dans une situation tout à fait classique et fréquente, où un directeur, récemment arrivé, demande à son contrôleur de gestion des ressources humaines une analyse des données RH de l’année 2019, sans plus d’indications. Le tableau extrait et légèrement retravaillé donne ceci :Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

 

 

Le principe de l’entonnoir pourrait se résumer en : d’abord les grandes masses, puis progressivement du détail.

Illustrons cette règle avec notre tableau précédent, sur le seul indicateur des effectifs.

Nous pourrions ainsi rédiger :

Niveau le plus agrégé : « Au 31 décembre 2019, les effectifs s’établissaient à 775 ETP ».

Un peu plus de détail : « La population des soignants représente la première catégorie avec près de 6 salariés sur 10 (460 sur 775, soit 59 %) ». 

On appréciera que, dans la deuxième phrase, ce n’est pas le pourcentage qui a été écrit en premier, mais une formule rédigée « près de 6 sur 10 », qui permet une meilleure appropriation et mémorisation pour le lecteur destinataire. Cela n’empêche pas, bien entendu, d’être précis, ce que nous avons fait en inscrivant données et pourcentage entre parenthèses.

 

Pour illustrer le ping-pong, consistant à rapprocher des indicateurs de natures différentes pour enrichir les commentaires, reprenons notre tableau précédent avec des calculs supplémentaires (comme le taux d’absentéisme, le taux de départ en formation, le turn-over, le ratio de remplacement, le taux de fréquence des accidents du travail). Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

Premier axe d’analyse :            « Les personnels techniques et ouvriers sont au nombre de 125, soit 16 % des effectifs »

Deuxième axe, pour enrichir : « Or, cette catégorie concentre près du tiers des accidents de travail avec arrêt (50 sur 156, soit 32 %) ».

Troisième axe, pour enrichir : « Par ailleurs, si près d’un salarié sur 4 a bénéficié d’une formation, les personnels techniques et ouvriers enregistrent un taux de départ de moitié, avec près de 9 salariés sur 10 sans formation en 2018 (15 départs, soit 12 % vs. 23 % sur l’ensemble de l’établissement).

 

On notera qu’il n’est pas fait de lien de causalité (ce point serait à évaluer par d’autres mesures notamment statistiques), mais qu’en mettant côte à côte des indicateurs et des chiffres avec une formulation littérale, le destinataire des résultats bénéficie d’une vision plus subtile et plus fournie de la situation.

 

3ème clé : un sujet, plusieurs approches

Il n’est pas toujours aisé de pouvoir faire la synthèse ou de détecter des points remarquables dans un tableau, notamment s’il est issu d’une extraction comportant de nombreuses données. Outre le repérage, au titre du « principe de l’entonnoir », des grandes masses, le contrôleur de gestion ou l’analyste gagneront à établir systématiquement des calculs simples, mais encadrants que sont :

  • Total, Moyenne, Médiane, Minimum, Maximum

On pourra aussi utilement recourir aux :

  • Coefficient de corrélation, tendances

 

Prenons l’exemple de l’activité PMSI 2018 de la région Nouvelle-Aquitaine, fait dans les « vraies » conditions, c’est-à-dire comme si nous étions en établissement, outillée de notre seul tableur. Pour cela, nous avons utilisé Scansanté[3], et extrait, via le questionnaire de la rubrique Activité établissement – Case mix MCO, un fichier contenant les séjours par code GHS, durées moyennes de séjour (nous avons recalculé à partir de ces deux premiers indicateurs le nombre de journées), l’âge moyen, le sexe ratio et le pourcentage de décès. Nous nous intéresserons surtout aux trois premiers indicateurs.

Le fichier extrait ne fait pas moins de 2 150 lignes, ce qui le rend un peu effrayant pour celui ou celle qui doit en faire une synthèse…

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

 

 

 

 

Procédons comme proposé aux calculs globaux et selon le « principe de l’entonnoir » :

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

 

 

 

 

Les premiers commentaires peuvent donc être rédigés à partir des totaux, moyennes, médianes, minimums, maximums, voire coefficient de corrélation, par exemple ainsi :

Niveau le plus agrégé « En 2018, le nombre de séjours GHS enregistrés en Nouvelle-Aquitaine s’est élevé à près de 2,7 millions (2 650 259, soit 70 274 par jour calendaire) ».

Un peu de ping-pong :   « La répartition montre une très grande variété, avec 2 148 GHS différents »

Un peu plus de détail : « Le volume de séjours par GHS est cependant très contrasté : si la moyenne s’établit à 1 233 séjours par GHS, la médiane est très éloignée (186), ce qui est souligné par des extrêmes allant de 11 séjours par GHS au minimum (plusieurs sont concernés) à 342 370 (GHS 28Z04Z « « Hémodialyse, en séance », qui concentre donc 13 % des séjours).

Un peu de ping-pong :  « Le nombre total de journées s’est élevé à près de 5,3 millions, ce qui aboutit à une durée moyenne de séjour de près de 2 jours. Cependant, il n’y a pas de corrélation entre le nombre de séjours enregistrés et le nombre de journées (coefficient très proche de 0 puisqu’établi à 0,08). 

On notera l’alternance de chiffres en volume et en pourcentage, choisi en fonction de leur côté « percutant » pour le lecteur par rapport à ces résultats.

 

4ème clé : « Moins de chiffres, plus de lettres »

 

Cette expression ne nous revient pas. Elle a été exprimée lors des dernières journées nationales « Ethique et pratique(s) : le management au cœur du débat ! »[4], tenues en novembre 2019 par le SYNCASS à Bordeaux. C’est Monsieur Philippe Banyols, directeur du Centre Hospitalier de Béziers, qui a repris sur son compte Twitter ce principe que nous partageons :

 « Moins de chiffres. Plus de lettres. Moins de tableaux de bords, de diagramme et de protocoles. L’hôpital a besoin de s’inscrire dans un récit. De se ré-appropier son histoire pour se projeter dans l’avenir avec ambition ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous nous permettons de la reprendre pour indiquer l’importance de produire, parallèlement et de façon complémentaire, mesures chiffrées et commentaires. D’ailleurs, nous espérons que les quelques exemples fournis précédemment lors des trois premières clés montrent l’enrichissement qui se crée lorsque les mesures sont accompagnées de mots.

 

Mais comment traduire cette quasi maxime ?

 

Nous proposons trois repères :

 

Le premier peut paraitre évident voire simpliste, mais, élaborer des commentaires consiste à rédiger des phrases. Pas des idées présentées sous forme de paragraphes à puces, non. D’authentiques phrases. Commençant par une majuscule, finissant par un point, avec un verbe conjugué (idéalement au présent) au milieu. Pour les moins à l’aise, la valse sujet – verbe – complément fonctionne très bien et constitue un bon repère.

 

Le deuxième réside dans l’intérêt de raconter une histoire. En tous les cas – nous savons bien que nous nous adressons à des profils plutôt mathématiques et statistiques que sont les contrôleurs de gestion et autres cadres gestionnaires économiques et financiers – les commentaires seront d’autant plus lus et appropriés par le lecteur qu’une forme de progression sera envisagée par celui ou celle qui les écrit. Une histoire a un début (encore un argument pour « l’entonnoir ») et une fin (qui peut se faire sous forme d’ouverture, vers une proposition d’approfondissement, ou sous forme de conclusion).

Pour donner corps à cette histoire, quelques adverbes (cependant, précisément, tout à fait…), célèbres conjonctions de coordination (or, car, mais etc…) et autres « nuanceurs » (près de, quasi …) placés avec justesse et parcimonie donnent rythme et animation aux écrits.

 

Le troisième réside dans le fait d’aller droit au but. Les commentaires ne sont pas nécessairement longs. Au contraire. Quelques phrases (trois ou quatre par paragraphe, pas plus de deux paragraphes) doivent fournir directement, sans détour ni circonvolution les résultats. Les formulations devront donc être précises, et surtout pas allusives ou hypothétiques. Il est à ce sujet très important de distinguer commentaires (ce qui accompagne un tableau et ses chiffres) et justifications (qui portent sur des causes possibles des résultats mais qui ne sont pas dans le tableau). Cette confusion – que nous rencontrons très fréquemment – est préjudiciable car elle entraine l’auteur vers des explications (potentielles et par toujours vérifiées de surcroit) au détriment de la mesure (qui elle est tangible et objectivée dans le tableau).

 

5ème clé : la neutralité

 

Notre premier schéma sur la communication (de l’émetteur au récepteur) a été volontairement simplifié. Les meilleurs communicants savent que du message qu’un émetteur veut transmettre ne restera qu’une portion congrue que le récepteur retiendra, passant par le tamis de filtres (ses croyances, ses valeurs, son expérience, ses attentes), sans parler des éventuels parasitages de tous ordres qui peuvent brouiller la transmission et la réception.

Il existe cependant quelques règles pour accroître la « quantité » et l’intégrité du message perçu. L’une d’elles se rapporte aux filtres dont nous venons juste de parler : les mots sont porteurs de sens, d’images, de souvenirs qui peuvent altérer ou modifier le message. Nous aimons à dire que certains sont ainsi connotés. Par exemple, « rentable », quand bien même nous savons très bien qu’il s’agit d’une formule mathématique et financière (en l’occurrence résultat / recettes), est un adjectif qui sera fort probablement perçu par le récepteur de façon différente : soit une aubaine personnelle, un peu opportuniste, soit comme une menace aux ressources et une volonté de réduire les droits et situations des salariés. Plusieurs termes, parfaitement courants au demeurant, sont ainsi « chargés », positivement ou négativement, comme « trop », « peu », « pas », « pas (assez) », « fort », « faible », « bon », « mauvais », « nul », « résilient », « exceptionnel », « seulement »…

Ces mots induisent une forme de jugement, qui oriente le message auprès du récepteur. Cela peut être un objectif de l’émetteur (utiliser certains de ces termes appuie le message), mais cette volonté d’emphase gagnera à être requise avec parcimonie.

 

Ces quelques points invitent donc à mettre en pratique, lors de la rédaction des commentaires, les points suivants :

  • Les termes et les tournures utilisées seront, autant que possibles, neutres et sans jugement (encore moins de valeur).
  • « Les faits, rien que les faits » : les commentaires porteront sur les seuls chiffres, ni plus, ni moins, sans exprimer aucune opinion de la part de l’émetteur.
  • Afin d’éviter toute confusion, les tournures seront affirmatives et l’on évitera les négations (‘ne’ …’pas’ ; ‘ne’… ‘que’ …).
  • Se relire, encore et encore, avec l’avantage inégalable de corriger fautes et coquilles. Même et encore plus quand on n’a pas le temps. Un accident de chiffres est très vite arrivé. Notre métier est celui de la rigueur, cette dernière passant par la forme aussi.

 

 

En guise de conclusion et de conseil, nous savons que cette partie rédactionnelle est parfois redoutée et qu’elle peut faire perdre ses moyens au meilleur contrôleur de gestion et analyste qui soit, d’autant plus si la demande d’informations est exprimée « en urgence » et/ou revêt un caractère stratégique. La pratique régulière est la plus grande alliée du développement de cette compétence qui, à l’heure de la disponibilité et de la relative facilité à avoir des données, devient un atout et une différence pour qui la maîtrise. Les étapes préalables restent inchangées : identification du besoin, extraction et traitements des données, contrôles. Nous conseillons de prendre, même physiquement, du recul quand le tableau est prêt : un peu comme une discipline sportive, réaliser des commentaires relève d’une gymnastique dont le résultat est d’un apport très important pour les destinataires et leur prise de décision.

 

Posté le 28 janvier 2020 par Nathalie L'Hostis

 

Pilar est spécialisée dans la formation, le conseil et le recrutement en contrôle de gestion et aide au pilotage hospitalier. Nos programmes sont spécialement conçus pour vous accompagner sur ces sujets. Nous vous recommandons particulièrement dans cette optique nos programmes suivants, spécialement conçus pour les métiers du pilotage hospitalier et des établissements de santé :

 

9 programmes experts dédiés aux différents métiers du contrôle de gestion hospitalier

12 programmes centrés sur la comptabilité analytiques hospitalières

9 programmes sur les tableaux de bord et indicateurs de pilotage hospitalier

9 programmes pour maîtriser les techniques du contrôle de gestion et des données hospîtalières

 

Abréviations

AT                    Accident du Travail

ETP                  Equivalent Temps Plein

GHS                 Groupe Homogène de Séjour

MCO                 Médecine Chirurgie Obstétrique

PMSI                Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information

RH                   Ressources Humaines 

SYNCASS         SYndicat National des CAdres Sanitaires Sociaux publics et privés

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Valeur, âme et esprit : universitaires et praticiens interrogent, à Fès, un contrôle de gestion « dans tous ses états »

Si la fonction contrôle de gestion est de présence plus récente dans les établissements de santé et plus généralement dans le secteur public, l’histoire montre son apparition dès les années 1920 en milieu productif. L’intensification des situations de concurrence, les changements nécessaires et plus rapides auxquels doivent faire face tous les types d’organisation, marchandes ou à but non lucratif, poussent chaque entreprise à adapter ses modes de gestion, rendant le système de contrôle de gestion à la fois incontournable et à questionner.
 
C’est dans cet esprit que la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès a organisé un colloque international malicieusement intitulé « Le contrôle de gestion dans tous ses états ». Chercheurs, universitaires, professionnels juniors ou plus expérimentés ont présenté et échangé autour de nombreuses réflexions, pratiques et enjeux constatés sur cette principale discipline des sciences de gestion. Cette première édition, concentrée, approfondie et intensive, a rencontré un fort intérêt, tant pour la trentaine d’intervenants francophones que pour les auditeurs (estimés à plus de 200 – professeurs, experts, doctorants, étudiants … - sur les 2 jours).
 
Nous avons eu l’honneur, le plaisir et l‘opportunité de participer à ce colloque qui s’est tenu les 21 et 22 avril 2017, notamment en présentant une communication intitulée « Profil et missions des contrôleurs de gestion hospitaliers francophones ». Notre diaporama est librement consultable et téléchargeable ici [+]
 

Une organisation universitaire, ouverte aux champs académiques et aux pratiques en entreprises

 
Pour être très précis, le colloque a été entièrement organisé et animé par le laboratoire de recherches sur l’Entreprenariat et Dynamique Economique des Territoires et des Organisations (EDETO). Il s’est intégralement tenu en français. Placé sous l’égide classique d’un comité scientifique et d’un comité d’organisation, le programme a été établi à partir d’un appel à communication international.
Placés comme une occasion de débattre du contrôle de gestion comme champ de recherche, discipline de formation et pratique au sein des organisations privées, publiques et sociales, trois objectifs principaux, assurément atteints, avaient été préalablement fixés :
- Engager un débat sur les dimensions théoriques, cognitives et pratiques du contrôle de gestion
- Favoriser des échanges entre académiciens et gestionnaires
- Faire émerger des thématiques de recherche répondant aux spécificités du contexte et des organisations au Maroc
 
 
Trente cinq communications ont été exposées, en ateliers ou séances plénières, et un séminaire complet a été consacré à une méthode innovante du pilotage du couple coût / valeur (sur laquelle nous reviendrons plus loin). Autant de moments qui ont rendu compte de l’importance actuelle et à venir du contrôle de gestion, tant au Maroc qu’en France ou en Italie.
 
 

 

Des outils qui évoluent … mais des problèmes qui restent les mêmes

 
De nombreuses communications, en particulier issues de la recherche, ont mis en évidence le caractère dynamique de la définition, des outils et du positionnement du contrôle de gestion. Ainsi, si les années 1970-1980 ont vu une fonction influencée par les théories organisationnelles, la décennie 1990 a posé la question de l’aide au déploiement de la stratégie, du système de « régulation du comportement de l’homme », et de la dichotomie pilotage vs. contrôle. Peu à peu, au cours des années 2000, la fonction voit (ou tente ?) de modifier son image, passant d’une vision coercitive à un positionnement plus « compréhensif » des situations, des problématiques et des acteurs. L’intérêt de plusieurs présentations du colloque a été de mettre en lumière, depuis le début de la décennie actuelle, des formes émergentes de la fonction. Nous citerons – et invitons à approfondir ! – les dimensions nouvelles autour d’un contrôle de gestion environnemental, dédié à l’immatériel ou plein et entier membre d’une authentique responsabilité sociale d’entreprise (RSE), thématique incluse dans le périmètre plus vaste encore du Développement Durable.
 
Ainsi, les sociétés – les établissements de santé en font partie – ont pris conscience de leur capital immatériel, et de rappeler, non sans satisfaction et soulagement pour notre part, qu’une très grande part de la valeur d’une organisation se situe « hors bilan comptable ». De quoi faire réfléchir sur des indicateurs de pilotage plus globaux, qualitatifs et moins financiers, sur les dispositifs internes de pilotage à recentrer sur l’encadrement intermédiaire ou sur les critères de découpage en centres non plus de responsabilité mais en véritables « ilots de valeur ».
 
La plupart des définitions, des concepts, de leurs auteurs et des courants a par ailleurs fait consensus. A ce sujet, nous avons retenu d’intéressantes et polyformes approches de la performance, proposée comme synonyme de succès. Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que la « performance » est fonction de la représentation que l’on se fait de la réussite (voilà de quoi donner à réfléchir aux établissements de santé …), qu’elle se construit et qu’elle est associée aux notions de pertinence et de cohérence. Parmi les autres cadres proposés, dans lequel s’insère le contrôle de gestion, le retour à la définition d’une organisation n’est pas sans intérêt, et nous retiendrons celle qui la pose comme une structure en processus, doublée d’un ensemble d’acteurs humains en intéraction. 
 
S’il fallait pousser encore les recadrages et rappels conceptuels, la (re)-définition de la valeur serait tout aussi constructive, les communications nous ayant démontré en miroir les limites atteintes par les méthodes de coûts connues, mais finalement conventionnelles, alors que la prise de décision s’insère aujourd’hui dans un environnement où marché et organisation co-construisent la valeur. Un paradigme différent se fait jour, qui fait du marché le facteur premier du pilotage, ce qui détermine alors l’organisation. Penser la valeur, cadre du pilotage et de sa fonction inhérente, le contrôle de gestion, invite alors à se pencher et à circonscrire des attributs de valeur (posés par le client, et nous voyons bien des traductions pour le patient face au système de santé), des sources de création de valeur (comme les réseaux et coopérations, la recherche et l’innovation) et une approche propre relative à l’institution elle-même.
 
Ces premiers éléments montrent que pour réfléchir au contrôle de gestion, il n’est pas inutile de reposer certains concepts, eux-mêmes évolutifs puisque le monde bouge. Les outils sont, de fait, non statiques (du point de vue des mesures, des calculs de coûts, des processus budgétaires, des capacités à soutenir la formation de la stratégie…), mais ils questionnent toujours et encore les relations entre la gouvernance, la fonction contrôle de gestion et la performance.
 
 
 

Que faut-il enseigner, et chercher, en matière de contrôle de gestion ?

 
Cette situation de questionnement amène celle qui a donné lieu à de riches présentations et échanges, de la formation des contrôleurs de gestion, tant dans les choix des disciplines à enseigner (comptabilité de gestion, budget, tableaux de bord etc…) que des moments de dispensation de ces enseignements. Dans le même champ d’analyse, les problématiques particulières pour les étudiants thésards et du choix de leur question de recherche a montré un intérêt récent, mais croissant pour la fonction. Par exemple, la première thèse consacrée au contrôle de gestion à la Faculté de Sciences Juridiques, Economiques et Sociale de Fès (qui compte un millier de doctorants en 2016-2017, pour près de 33 000 étudiants) a été soutenue en 2002. 11 autres ont suivies, largement dévolues au thème de la « performance » (8 sur 12) et avec un terrain majoritairement dominé par des grandes entreprises privées (7 sur 12).
Un débat, restant ouvert à cette heure, en a surgi, autour du cloisonnement persistant entre l’université (qui forme) et l’entreprise (qui recourt au contrôleur de gestion).
L’apport de disciplines connexes est rapidement apparu comme très bénéfique, ouvrant des perspectives plus larges encore sur le comportement des acteurs, la proposition de création de connaissances, voire d’outils, propres au contrôle de gestion, autant de conseils et commentaires apportés à de nombreux jeunes doctorants du laboratoire venus exposés à l’assistance leurs travaux.
 
 
 

Un séminaire dans le colloque : « Piloter la performance organisationnelle par la valeur ajoutée horaire »

 
A l’issue du colloque, un séminaire expert a été animé par Michel Pendaries, consultant et chercheur au Cret-log à Aix-Marseille Université. Fruit de sa grande carrière professionnelle et universitaire, M. Pendaries a exposé une nouvelle méthode de pilotage de la performance organisationnelle à partir de la « Valeur Ajoutée Horaire » (VAH). Ajoutons dès ce stade que nous avons perçu des transpositions et des intérêts certains de cette méthode sur des secteurs hospitaliers, tels que les blocs opératoires, certaines activités logistiques, voire même, en l’aménageant, des prestations de soins.
Ainsi, l’auteur part du constat que les analyses et outils marquent une forme de séparation entre les coûts d’un côté, et la valeur de l’autre. Sa proposition est de mettre en place un dispositif global, calé avec les ressources de l’entreprise et qui articule la valeur à la vente avec les modalités de production de cette même vente. L’illustration et la mesure se font au moyen du concept novateur de « heure de valeur ajoutée ». L’un des premiers apports de la méthode est de reposer des fondements théoriques autour de la conception de la performance organisationnelle, du système de contrôle à celui de pilotage, et de points très intéressants sur la valeur, sa création et sa production. Et d’expliquer que « le fondement théorique de la méthode VAH est de considérer que la valeur créée et produite par l’entreprise est basée sur ses ressources et ses compétences pilotées à partir de ses capacités dynamiques organisationnelles ». En ce sens, la méthode VAH appartient à la sphère des systèmes de pilotage. Un résumé peut être apporté ainsi : « Le principe véhiculé par la méthode VAH est que toute entreprise doit chercher à vendre (faire acheter par les clients) les temps [heures] à valeur ajoutée (HVA) de son organisation, cristallisés dans ses produits et/ou ses prestations de service ».
D’un point de vue technique, un compte de résultat par «  îlot de valeur » est construit. Le prix de vente est établi en sommant la valeur achetée, augmentée de la valeur produite (cette dernière étant calculée à partir de la valeur ajoutée horaire).
Cette méthode à découvrir vient de faire l’objet d’une publication dans un ouvrage[1] très intéressant que nous recommandons, paru ce premier trimestre 2017 aux Presses Universitaires de Provence.
 

[1] PENDARIES M. (2017) Piloter la performance organisationnelle : une aide à la décision avec la Valeur Ajoutée Horaire, Presses Universitaires de Provence
 
 
 

Un concept et un outil à découvrir pour l’hôpital

 
Ce colloque a aussi été l’occasion de découvrir et de proposer à la réflexion ou à l’utilisation deux sujets, dont les caractéristiques sont, il est vrai, de nature différente.
 
Le premier touche au concept du « slack ». A notre connaissance, cette notion est peu, voire pas, utilisée en milieu hospitalier, alors qu’elle présente de réels intérêts de pilotage et qu’elle est recourue dans d’autres secteurs. Force est de constater que ce terme est malheureusement difficile à traduire. De retour du colloque, nous avons entrepris quelque recherche à ce sujet en domaine hospitalier. Nous avons ainsi repéré les travaux de Laurent Bourgeon (Essec) et Benoît Demil (IAE Lille), qui ont publié en mai 1999 un travail sur « Slack organisationnel et innovation : application au secteur public hospitalier »[1]. Les auteurs exposent ainsi que « Cyert et March (1963) ont souligné les premiers le rôle important du slack dans les organisations. Dans leur vision de l’organisation comme ensemble de coalitions, le slack est ce que l’organisation « paye » en plus aux membres de l’organisation pour maintenir un fonctionnement satisfaisant. […] Le double rôle du slack : il amortit et absorbe les chocs extérieurs (Thompson, 1967 ; Meyer, 1982) et il permet au sein de l’organisation d’initier des changements (Zajac et al., 1991) et d’absorber les conflits internes (Cyert et March, 1963). Au-delà de cette définition basée sur les fonctions du slack, c’est la notion de ressources en excès qui prédomine à travers les différentes définitions recensées. »
 
Le slack est donc une situation dans laquelle les incitations excédent ce qui est nécessaire à la poursuite de la participation des membres ou au maintien de l’organisation. Il est consubstantiel à l’organisation. Mais sa mesure reste délicate, alors même qu’il est l’un des déterminants des résultats de performance.
En d’autres termes, les facteurs de production (plateaux techniques, ressources humaines, capital, technologies…) s’avèrent toujours partiellement sous-utilisés. Par exemple, un manipulateur de radiologie nouvellement recruté réalisera des examens d’imagerie moins rapidement qu’un collègue plus ancien dans l’organisation, ce temps de « prise en main » pouvant s’apparenter à du slack.
D’autres types de « slack » existent (au niveau financier ou budgétaire par exemple).
Nous invitons le secteur hospitalier à investiguer ce sujet, dont certains chercheurs estiment le volume à 20%, voire 25% des ressources des organisations.
 
 
 
 
Le second sujet, d’un tout autre plan, est relatif à un outil bureautique récent, « Prezi »
Nous avons découvert cet outil contemporain de présentation (pour lequel nous informons  que nous n’avons aucun lien ni aucune forme d’intérêt avec l’entreprise qui l’a créé), qui nous a paru être à la fois une alternative et un complément au célébrissime et non moins décrié PowerPoint. De nombreux cadres, et en particulier les professionnels du contrôle de gestion, dans leur rôle fréquent et attendu de « communicant », se demandent souvent comment donner un caractère plus vivant et animé à leurs présentations. Prezi nous a semblé répondre en bonne partie à ces questions. Deux présentations de doctorantes utilisant cet outil nous ont paru plus captivantes, voire percutantes et mieux mémorisables. Après recherches, l’outil présente l’intérêt de fournir des modèles de présentation à personnaliser, et fonctionne sans conditions de logiciel puisqu’il suffit de cliquer sur un lien pour accéder et démarrer une présentation.
Tout cela n’enlève bien évidemment pas la priorité absolue relevant du fond.
Prezi n’est pas sans points faibles, le premier étant ses fondements sur la technologie Flash. Des évolutions viendront probablement combler ces points. En effet, Prezi a été créée par une start-up éponyme hongroise en 2009. Sa version française a été lancée en 2014 et le bouche-à-oreille est positif et important. Il est disponible en version gratuite dans le cloud et propose contre offres payantes des fonctionnalités plus complètes avec la possibilité de « privatiser » les présentations créées[2].
 

[1]http://www.strategie-aims.com/events/conferences/15-viiieme-conference-de-l-aims/communications/2348-slack-organisationnel-et-innovation-application-au-secteur-hospitalier-public/download
[2] FOURNIER Audrey, « Prezi, l’anti-PowerPoint, lance une version française ». Le Monde.fr, 3 avril 2014
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2014/04/03/prezi-l-anti-powerpoint-lance-une-version-francaise_4395162_651865.html
 
 
 

Fès, ville impériale et deuxième métropole croissante du Maroc

 
Territoire, environnement, culture … toutes ses idées échangées lors du colloque et de ses riches intermèdes n’auraient pu trouver meilleurs sens et incarnation qu’ici, à Fès. Les hommes font les villes et leur histoire, et celle de Fès est particulièrement importante. Traversée incessamment par quelque vent frais descendant du proche Rif, elle fait partie des cités impériales et royales du grand pays qu’est le Maroc. L’opportunité du colloque nous a donné l’avantage de découvrir cette ville de 1,1 million d’habitants, la deuxième du pays après Casablanca, avant Tanger et Marrakech.
 
 
Trois grands secteurs, visibles en plusieurs hauts points de la ville, la composent : la médina, dont la découverte vaut à elle seule un prétexte imparable de venue à Fès, classée par l’UNESCO pour ses longs et très beaux remparts, l’enceinte royale, aux jardins que l’on imagine volontiers propices à l’échange et au voyage baudelairien, et enfin la ville nouvelle, des administrations aux sièges d’entreprises nationales et multinationales qui y trouvent là infrastructures et moyens de communications.
 
 
 
La ville pluriséculaire, n’a jamais autant vécu son présent, armée de ces savoir-faire uniques pour le cuir et sa maroquinerie, la poterie et son corollaire céramique, la tapisserie… et un sens incarné de l’accueil, favorable au tourisme. 
La ville grandit et se tourne vers des choix de croissance volontaristes et ambitieux, sur des secteurs tout aussi porteurs que différents, de l’agriculture à la culture. Nous avons par ailleurs découvert des expériences tout à fait intéressantes dans les domaines portuaires et industriels.
 
 
Les défis n’en sont que plus grands :
les évolutions démographiques, des zones rurales vers la ville, dans un contexte géopolitique complexe, posent notamment la question de la formation des professionnels, de l’adaptation législative des formes d’entreprises, avec la question prégnante de l’offre de services publics performants. Citons dans le domaine de la santé l’initiative, en cours et que nous applaudissons, du RAMED, Régime d’Assistance médicale fondé sur les principes de l’assistance sociale et de la solidarité nationale au profit des démunis, déployé depuis 5 ans et ayant bénéficié à plus de 10 millions de personnes à fin 2016.
Nul étonnement donc, que ce premier colloque ait été organisé par les « fassis », dans la lignée d’une grande histoire universitaire et spirituelle, et souhaitant, avec détermination et intelligence, œuvrer à la place du Maroc dans le monde.
 
 
 
 
Le présent compte-rendu ne s’est pas voulu exhaustif, mais souhaite faire part de la richesse et de la variété des présentations et des échanges. Comme l’a évoqué certain président de séance en fin de colloque, l’idée des organisateurs n’était pas de chercher des réponses définitives, mais de repousser les limites de ce qui est connu et admis en matière de contrôle de gestion. Deux points importants, qui nécessitent des approfondissements, ont été retenus autour du statut des outils du contrôle de gestion, ainsi que des conditions d’utilisation et d’implantations. La dimension culturelle des organisations est par ailleurs soutenue comme importante, à la fois conditionnant et « prédisant » les modalités  de déploiement du contrôle de gestion.
 
 
Un grand merci pour la confiance et l’intérêt de nos hôtes à participer à ce premier, et certainement pas dernier, colloque sur ce contrôle de gestion qui nous réunit.
 
 
 
 
 
Pour accéder au programme du colloque, cliquer ici [+]
 
Pilar vous offre d’accéder à la communication réalisée au titre de notre participation au colloque « Le contrôle de gestion dans tous ses états » : « Profil et missions des contrôleurs de gestion hospitaliers francophones »  [+]
 
Vous pouvez télécharger l'ensemble de ce post au format pdf en cliquant ici  [+]
 
 
Nous vous recommandons par ailleurs l’ouvrage pédagogique des professeurs Mohammed Hemmi et Abdellatif MARGHICH « Contrôle de gestion, Coûts budgets et performance. Manuel et exercices corrigés », paru en 2016, ISBN 9789954376096
 
 
 
 
 
Abréviations
RSE      Responsabilité Sociale de l’Entreprise
VAH      Valeur Ajoutée Horaire
 
 
Posté le 28 avril 2017 par Nathalie L'Hostis
 

Panorama de l’offre hospitalière selon les votes à l’élection présidentielle française de 2017

 
Une nouvelle production ! 
Cette étude originale mettra en regard les résultats des départements en termes de choix de candidats du premier tour de la présidentielle française et quelques grands indicateurs d'offre de soins hospitaliers.
 
 
Un diaporama pdf détaillé est librement téléchargeable ici [+]
 
 
Ce document a été réalisé à titre gracieux, dans une optique de partage, de valorisation et d’échanges, autour de la thématique de l’offre et des activités hospitalières et afin d’illustrer une partie de nos savoir-faire. Il n’a pas été réalisé à la demande d’un tiers. L’objectif contributif est de faire connaître les méthodes de travail et les points forts de Pilar en matière de méthodes, d’analyses contextuelles et de stratégie hospitalière.

 

Pourquoi une telle étude ?

Les élections présidentielles françaises 2017 ont été singulières à plus d’un titre : expression d’une demande de changement forte qui a conduit au choix d’un candidat presque sans parti et inconnu il y a encore peu du grand public, affaires, confirmation du vote extrême etc…
 
Sur ce dernier point, analystes et journalistes ont souvent remonté deux idées : le choix de l’extrême-droite ou des partis les plus à gauche serait l’expression qui de la colère, qui de sensibles difficultés économiques, qui d’un sentiment de déclassement.
 
Fins connaisseurs du monde hospitalier, nous avons mené un cheminement de réflexion résumé ainsi : si les Français choisissent un parti extrême pour les motifs évoqués ci-dessus, l’offre de soins – qui ne fait pas partie des fonctions régaliennes mais qui est une expression de la mission de service public, donc en partie de l’Etat – contribue-t-elle à exacerber ces avis ou, au contraire, représente-t-elle un « amortisseur » démocratique ?
 
Car nous rajoutons volontiers à la colère et autres, la qualité du lien – social, familial, économique – comme possible marqueur politique.
 
Or, qui mieux que les professionnels de santé et les établissements de soins peuvent voir, et aider à améliorer, la ténacité ou la fragilité de ces liens, indispensables à une démocratie à la fois forte, respectueuse et apaisée ?

 

Nos principes et notre méthode

Pour tenter d’approcher ces résultats, nous avons mis en place la méthode suivante :
 
Recueil des votes du 1er tour, abstention comprise, sur la seule France métropolitaine
 
Pourquoi un tel choix ?
Le premier tour nous a paru le plus correspondre « au choix du cœur » des inscrits: la multiplicité des candidats de tous profils, le fait de savoir qu’il y a un second tour où le choix peut être « plus raisonné », le fait de considérer l’abstention comme un mode d’expression comme un autre (ne pas s’exprimer, c’est déjà dire quelque chose) nous ont conduit à ce principe.
Pour des questions d’exhaustivité, de qualité et de comparabilité, nous avons restreint notre champ d’analyse à la seule France métropolitaine.
 
Notre source de données :
Plateforme ouverte des données publiques françaises, ce site fournit des séries de données notamment issues des Ministères, en l’occurrence celui du Ministère de l’Intérieur.
Aux vues de notre périmètre (France métropolitaine uniquement), nos données sont inférieures aux résultats publiés par décret, puisque ces derniers incluent de plus les votes des départements et territoires d’outre-mer, ainsi que ceux des Français résidant à l’étranger.
 
 
Choix du département comme niveau d’analyse
 
Pourquoi un tel choix ?
Il est consécutif à la mise à disposition des données hospitalières qui, pour schématiser, sont disponibles soit au niveau de chaque établissement (entité juridique), soit au niveau départemental, régional, puis national.
Une analyse par commune nous a par ailleurs possible, mais à mener, au besoin, ultérieurement, après avoir débroussailler ce premier niveau.
 
 
Choix de présenter les résultats selon le candidat arrivé en premier dans le département
 
Pourquoi un tel choix
Nous avons raisonné en nombre de voix, dans l’absolu, par candidat (l’abstention étant un candidat comme un autre, comme nous l’avons expliqué précédemment), et non pas en pourcentage. Nous avons choisi d’établir nos analyses en fonction du candidat arrivé en premier dans le département, car cela constitue une forme de « majorité », et de sentiment global, par rapport aux objectifs que nous nous sommes précédemment fixés.
 
 
Recueil de données sociales et/ou hospitalières, au niveau départemental, et des établissements publics et privés
 
Pourquoi un tel choix ?
Les bases de données hospitalières françaises sont nombreuses, de qualité, institutionnelles et validées. Elles évoluent par ailleurs, notamment du fait de la mise en place des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), ce qui permet de faire des consolidations et des regroupements.
Bien que cela donne lieu à de nombreuses discussions, nous n’avons pas distingué les établissements publics et privés, car ils forment tous, selon nous, une réponse aux besoins de santé, avec des règles tarifaires et de financement partageables.
Le périmètre de nos données (nous aurions pu multiplier les indicateurs) a été restreint à 2 grands types : des informations démographiques (population, accouchements, pauvreté…) et d’offre de soins (nombre d’établissements, de professionnels, urgences, recettes et résultat comptables des seuls établissements publics (les résultats des privés n’étant pas directement disponibles).
 
Nos sources de données :
SAE : Statisque Annuelle des Etablissements     https://www.sae-diffusion.sante.gouv.fr

 

 

Les principaux résultats

Pour le 1er tour de l’élection présidentielle française, qui a eu lieu le 23 avril 2017, 44,4 millions de personnes étaient inscrites sur les listes électorales en France métropolitaine. 8,9 millions se sont abstenus, soit 20% des inscrits, ce qui en fait le « premier des choix » des Français.
 
4 candidats ont ensuite regroupés près des 2 tiers des inscrits : Emmanuel Macron (19%), Marine Le Pen (17 %), François Fillon (16 %), Jean-Luc Mélenchon (15%).
 
Les départements qui se sont majoritairement exprimés par l’abstention sont les plus nombreux :
39 sur 96. Ils se situent dans une médiane Est du territoire.
En termes démographiques, ces départements concentrent 43% de la population française métropolitaine. Le nombre d’accouchement y est légèrement plus important que la moyenne nationale. La part des personnes âgées vivant en institution est sensiblement plus forte, mais le taux de pauvreté est identique de la moyenne française.
Si les indicateurs d’offre sont eux-aussi proches des moyennes nationales, deux indicateurs divergent : ainsi, les recettes hospitalières (des seuls établissements publics) par habitant sont inférieures (1 066 €, soit - 3%) et les établissements publics de ces territoires ont enregistré en 2015 des résultats comptables globalement déficitaires, à un taux visiblement supérieur à la moyenne puisque ces chiffres concentrent 58 % du total métropolitain.
 
 
Les départements qui ont « placé » Emmanuel Macron au premier rang représentent un gros quart métropolitain (28 sur 96). Ils se situent majoritairement sur une large zone atlantique et en région parisienne.
Les indicateurs démographiques et d’offre de soins sont quasiment tous meilleurs que la moyenne nationale : la démographie semble dynamique, le taux de pauvreté est sensiblement inférieur, le nombre d’établissements et de professionnels offre un encadrement plus intense pour les habitants, et les recettes des établissements publics par habitant y sont plus fortes (1 242 € par personne, soit + 13 % par rapport à la moyenne nationale). La santé financière des établissements publics semble par ailleurs meilleure, puisqu’ils ont enregistré, sur ces nombreux territoires, moins de 30 millions d’euros de déficit consolidé en 2015, soit 7 % du total national.
 
 
 
Les départements qui ont « placé  » Marine Le Pen au premier rang représentent le quart métropolitain (24 sur 96). Ils sont situés sur deux zones distinctes : une première diagonale au Nord, de Calais à Nancy, une seconde au Sud, d’Agen à Nice.
Situation quasi inverse à la précédente, la majorité des indicateurs se révèle dégradée par rapport aux moyennes nationales. On retiendra particulièrement une offre de soins en EHPAD inférieure de 15%, un taux de pauvreté supérieur de 15%, de  moindres recettes publiques hospitalières par habitant (935 €, soit – 15 %) et une situation comptable des établissements publics plus déficitaire (- 134 millions d’euros en 2015, soit 33 % du total métropolitain).
 
 
 
 
Nous vous invitons à lire et télécharger notre diaporama complet qui, outre ces commentaires, expose l'ensemble des indicateurs avec une vingtaine de diapositives complémentaires. [+]
 
 
Posté le 31 mai 2017 par Nathalie L'Hostis
 
 
Pilar est spécialisée dans la formation, le conseil et le recrutement en contrôle de gestion et aide au pilotage hospitalier. Nos programmes sont spécialement conçus pour vous accompagner sur ces sujets.
 
Nous vous recommandons particulièrement dans cette optique nos programmes suivants, spécialement conçus pour les décideurs hospitaliers :
 
"Réaliser et utiliser la Statistique Annuelle des Etablissements (SAE)"  [+]
"Découvrir les sites internet et les sources de données hospitalières françaises"  [+]
"Découvrir et utiliser les données de Scan Santé pour vos études et vos indicateurs médico-hospitaliers»  [+]

Pour un modèle économique performant des Centres de Santé

Cet article a été publié dans le septième numéro de la revue spécialisée " Echos de la gestion hospitalière », édité en février 2016 par la Société de Gestion Hospitalière Tunisienne.
 
Pour plus de renseignements et commander ce numéro, cliquer ici  : [+]
 
 
La France possède un système de santé performant permettant un accès universel aux soins, qui fait que la quasi-totalité de la population française habite à moins de 15 minutes d’un médecin généraliste, d’un infirmier et d’un masseur-kinésithérapeute (1). Paradoxalement, la France fait partie des pays d’Europe où les écarts d’accessibilité aux soins sont les plus élevés.
 
Cet écart d’accessibilité est expliqué par des disparités d’accès aux soins en fonction du territoire pour les spécialités médicales et en fonction de la catégorie sociale qui peut entrainer un refus de soins des individus pour raisons financières.
 
Cette fragilisation de l’offre de soins et particulièrement celle des soins de 1er recours a été accentuée par la désaffection croissante pour l’exercice libéral isolé chez les professionnels de santé (médecins, dentistes, infirmiers…).
 
 

Pourquoi s’intéresser aux centres de santé organisés sous forme d’exercice groupé ou collectif ?

C’est dans ce contexte de réflexion autour des soins primaires que les formes d’exercice groupé ou collectif s’imposent comme les éléments principaux d’un ensemble de solutions à déployer pour remédier à cette problématique profonde.
 
Ce mode d’exercice groupé est représenté par deux principaux types de structures qui sont les maisons et les centres de santé. Le présent article s’attache à ces derniers car ils ont été l’objet d’un travail de mémoire réalisé par le Dr Youssef Ernez à HEC Paris, sous la direction de Nathalie L’Hostis. Le titre orignal de cette recherche soutenue en juillet 2015 fut : « Les structures d’exercice collectif et pluriprofessionnel. Quel modèle économique préconiser pour assurer la viabilité ? Cas particulier des centres de santé ».
 
Les centres de santé constituent la forme la plus ancienne de l’exercice collectif et peuvent donc être considérés comme les pionniers de ce type d’organisation car leur existence date du XIXème siècle. Au nombre de 1 220 (2) en France, ces structures sanitaires de proximité offrent des soins de premiers recours et des actions d’éducation thérapeutiques et d’intérêt général. Ils sont crées et gérés par des organismes tels que les associations, mutuelles, mairies, communes…qui emploient un personnel exclusivement salarié. Leur avantage « concurrentiel », qui les distingue des maisons de santé, réside dans la pratique de l’avance de frais et de tarifs maitrisés (secteur 1) qui sont les éléments principaux de leur identité.
 
En favorisant l’accessibilité financière et géographique à l’offre de soins primaires, les centres de santé occupent une place importante dans le Système de Santé Français qui a été confirmée à plusieurs reprises aux plus hauts niveaux de l’Etat. En effet, la Ministre de la Santé Marisol Touraine a affirmé en Février 2013 et Février 2014: « J’ai la conviction que les centres de santé sont l’une des réponses. Mon objectif est de déployer les actions confortant la place des centres de santé dans l’offre de soins ».
 
Financés presque exclusivement par l’Assurance-Maladie à travers le remboursement des actes dispensés par leur personnel, les centres de santé sont caractérisés par une fragilité financière qui, en l’absence d’actions concrètes et rapides, rend le risque de leur disparition réel.
 
 

Une méthodologie fondée sur l’analyse de la performance économique réelle d’un échantillon de centres de santé

C’est cette problématique financière qui nous a amené à rédiger un mémoire sur les structures d’exercice groupé et à mettre l’accent sur les centres de santé.
En effet, nous avons essayé, à travers ces travaux, d’approfondir la réflexion déjà initiée par différentes études sur le modèle économique des centres de santé décrit comme fragile.  
 
Afin de répondre à cette problématique, nous avons commencé par un rappel de la notion de soins primaires puis un inventaire de l’offre de soins en France pour ainsi évaluer le poids du mode d’exercice collectif en France.
 
Nous nous sommes penchés par la suite sur la définition des centres et maisons de santé et une description détaillée de leur mode de fonctionnement.
 
Au delà de ces aspects théoriques, nous avons porté une attention particulière à l’analyse pratique du modèle économique des centres de santé à travers l’étude de plus de 170 rapports d’activités et de 23 comptes de résultat de structures répartis sur le territoire Français.
 
 

Des résultats majoritairement déficitaires, tant en raison des charges que des recettes et de l’organisation

Nous apprenons à travers l’analyse de ces données, que sur un échantillon homogène de 118 centres, les recettes de ces centres varient entre 77 286 et  14 034 059 euros.
 
Par rapport aux résultats financiers de ces centres (Recettes – Dépenses), nous constatons que 73 de ces structures sur un total de 118 sont déficitaires (61%) avec un déficit qui varie entre - 12 euros (0,001 % des recettes) et - 2 010 000 euros (18% des recettes) !
 
Les résultats négatifs de ces centres nous ont interpellés et ont justifié pleinement l’intérêt d’étudier de plus prés le modèle économique de ces centres. Ainsi nous avons procédé, dans un premier temps, à une analyse de l’organisation de l’activité de ces centres pour essayer de comprendre leur gestion des ressources (ratio superficie/ETP, ETP dentistes/ Fauteuil dentaire, Nombre de praticiens/ETP : turn-over, Personnel Administratif / Professionnels de santé) et identifier les facteurs aboutissant à ce déficit puis dans un deuxième temps, nous avons effectué une analyse approfondie de leur structure d’exploitation pour ainsi voir la cohérence entre les dépenses et les recettes, mettre en évidence les facteurs à l’origine de ces résultats négatifs et identifier les leviers qui permettront une amélioration de la situation.
 
Ainsi, nous apprenons que les charges élevées au niveau de ces centres sont constituées de charges salariales à raison de 70% à 80% et que ces charges ne sont pas couvertes par les ressources qui sont très insuffisantes de par la faiblesse des prix pratiqués (secteur 1) et le manque de subventions constantes et importantes. Ces contraintes concernent la plupart des centres. Elles sont à l’origine de cette situation économique ardue et laisse à penser que l’avenir de certains est « incertain ».

 

Des axes d’amélioration possibles, par des mesures opérationnelles et des actions stratégiques

Pourtant, certains centres mutualistes présentent une situation équilibrée voire excédentaire et sont la preuve que malgré les difficultés rencontrées par ce modèle, l’équilibre est atteignable avec la mise en place de certaines bonnes pratiques composées à la fois de leviers opérationnels et d’autres stratégiques.
 
Parmi les leviers opérationnels identifiés nous citerons:
- L’élargissement des horaires d'ouverture
- L’augmentation du taux d’occupation des cabinets et du taux de remplissage des plannings
- La délégation de tâches pour dégager plus de disponibilité aux médecins sur des actes à valeur ajoutée
- L'amélioration du coût du tiers payant et de la gestion des factures
 
Concernant les recommandations stratégiques, nous citerons:
- L’amélioration de la communication vers le grand public
- Le changement de modèle de management des ressources humaines (rémunération de la productivité)
- Un pilotage plus approfondi de l’activité avec l’utilisation d’outils simples et très efficaces comme les tableaux de bord, la réalisation d’un diagnostic territorial (analyse de l’offre et de la demande en soins) et l’utilisation d’un prototype économique (Business Plan) avant tout projet de création d’un nouveau centre
- L’application de la méthode du Balanced ScoreCard Review
 
L’application de ce type de recommandations devrait permettre l’amélioration de la situation des centres déficitaires et la consolidation de celle des centres bénéficiaires.
 

 

Un nécessaire soutien de la part des tutelles et des mécanismes de régulation

 
Les leviers économiques proposés ne suffiront certes pas à répondre de manière efficace et durable à la problématique profonde de l’incohérence entre les dépenses et les recettes. En effet, la nécessité de réduire les dépenses en contenant la rémunération des médecins, et l’augmentation du chiffre d’affaires à travers la  hausse de la productivité de ces derniers, ne peut que fragiliser l’organisation des centres à plus long terme et entrainera à la longue le désengagement des médecins qui préféreront partir vers d’autres structures comme les maisons de santé.
 
Les recommandations émises dans ce mémoire doivent ainsi être complétées par des efforts importants des autorités de tutelles dans une logique de participation plus active à la pérennité du modèle économique de ces structures.
 
C’est dans ce contexte que des solutions telles que la réduction des charges salariales, l’augmentation des subventions et la revalorisation des actes… peuvent apporter une marge de manœuvre à ces structures. Cette marge de manœuvre donnera aux centres de santé les moyens nécessaires pour continuer à innover et à s’adapter aux besoins de la population.
 
Par ailleurs ces recommandations doivent être portées par des équipes de management qualifiées et dotées des outils nécessaires.
 
C’est dans ce contexte que les Agences Régionales de Santé se sont engagées en 2012 (3) au côté des gestionnaires des centres pour les accompagner dans l’optimisation de leurs organisations et les modalités de fonctionnement de leurs structures à travers le mise à disposition d’outils de gestion et de management. 
 
Enfin, pour généraliser le déploiement de ces solutions il est nécessaire de se doter d’un organisme unificateur à l’échelle nationale.
 
 
 
C’est en consolidant la situation économique de ces structures et en les développant à plus grande échelle que nous pourrons faire progresser leur poids au niveau de l’offre de soins nationale comme cela est le cas dans les autres pays européens : scandinave et anglo-saxons.
 
Les premières expériences en matière de soins de santé de premier recours, qui ont commencé depuis plusieurs années, sont arrivées à la conclusion que les structures d’exercice collectif sont la meilleure réponse aux attentes exprimées par les patients d’une part et celles des praticiens qui développent une crainte de l’isolement, particulièrement dans les zones rurales et souhaitent pratiquer une médecine coordonnée et partagée avec d’autres professionnels dans le cadre de structures d’exercice collectif. C’est dans ce sens que la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF), par la voix de son président le docteur Michel Chassang, considère qu’ « un médecin sur deux est isolé dans son cabinet. Cet isolement n’est ni bon pour lui, ni pour les patients qui font souvent des kilomètres pour se soigner […] Il faut inventer un modèle économique. Le médecin responsable du cabinet doit devenir un chef d’entreprise. La médecine de ville doit passer du stade artisanal au stade entrepreneurial ».
 
(1) INSEE. Offre de soins de premiers recours : proximité ne rime pas toujours avec accessibilité. 2012.
(2) IGAS. Les centres de santé : Situation économique et place dans l’offre de soins de demain. Juillet 2013.
(3) ARS. Accompagnement des centres de sante, dans l’amélioration de leur organisation et de leur viabilité économique. Octobre 2012.
 
Article co-écrit par :
Dr Youssef ERNEZ, Diplômé de la Faculté de Pharmacie de Monastir et d’HEC Paris
Nathalie NARP- L’HOSTIS, Directrice / CEO Pilar
 
Posté le 7 mars 2016
 
Pilar vous offre de pouvoir télécharger ce post (au format pdf) en cliquant ici [+]
 
Pilar est spécialisée dans la formation, le conseil et le recrutement en contrôle de gestion et aide au pilotage hospitalier.
Nos programmes sont spécialement conçus pour vous accompagner sur ces sujets.
 

La Statistique Annuelle des Etablissements (SAE) de santé : un nouveau site pour une base de données incontournable

Qu’est-ce que la SAE ?

Il s’agit de la Statistique Annuelle des Etablissements de santé français. Enquête obligatoire (tous les établissements publics et privés de métropole et des DOM doivent y répondre) et exhaustive, elle recueille depuis plus de 40 ans les données des structures de santé.
Par exemple, les informations recueillies portent sur :
  • Les structures : maternités, services d’urgence, de réanimation, SSR etc…
  • Les capacités : taux d’occupation des lits, nombre de salles opératoires etc…
  • Les équipements : scanners, IRM, blocs opératoires et obstétricaux, plateaux techniques etc…
  • Les activités : nombre de journées d’hospitalisation, nombre de séances de radiothérapie, dialyse, accouchements etc…
  • Les personnels : équivalents temps plein salariés des établissements publics et privés, répartition des praticiens libéraux en privé etc…
Les informations sont collectées par la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques), direction du Ministère de la Santé français.
 
L’enquête se déroule en deux temps :
  • Une phase de collecte (en général au 1er trimestre N sur les données de l’année N-1), sous forme de bordereaux (une trentaine au plus) remplis via une plateforme par les établissements eux-mêmes
  • Une phase de diffusion, (après contrôles et validation), exhaustive, gratuite et ouverte à tous, via le site www.sae-diffusion.sante.gouv.fr
 
A quoi sert la SAE ?
Utilisée par de nombreux services de l’Etat et relevant de plusieurs ministères (au premier desquels le Ministère de la Santé), la SAE a pour but de produire des indicateurs pour :
  • Le suivi des politiques nationales françaises (plan d’urgence, Alzheimer …) et régionales (CPOM ARS)
  • L’alimentation de nombreux tableaux de bord et systèmes d’information (Scope Santé, Hospidiag, DIAMANT …)
  • La prise en compte des données hospitalières pour la planification ou les politiques d’autres services publics (logements par exemple)
 
Pourquoi se servir de la SAE ?
Pour connaître les établissements et leurs activités !
Au-delà de ces aspects de connaissance, des comparaisons peuvent être établies, à la fois entre établissements, régions, type de structure ou dans le temps. Le site internet permet d’interroger 10 exercices en ligne, de 2004 à 2013 ! Les temps de réponse sont remarquablement courts, y compris pour les requêtes SQL, autre fonctionnalité particulièrement intéressante pour les recherches rares ou complexes.
 
Quelles sont les nouveautés ?
Une refonte importante du contenu a eu lieu il y a 2 ans, qui a permis de rapprocher les données nécessaires à la SAE des informations collectées par le PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information). Outre la cohérence plus importante dans l’analyse des activités, des fonctionnalités de pré-remplissage facilitent aujourd’hui le recueil pour les établissements.
Par ailleurs, depuis février 2015, le site de diffusion a été revu et modernisé. Les recherches sont toujours possibles par établissement, par département, par région, par type d’établissement, mais un effort a été apporté sur l’ergonomie (par des menus déroulants) et la restitution (un graphisme plus contemporain et toujours la possibilité  d’exporter sur Excel).
 
Nous le savons depuis longtemps : la SAE gagne toujours à être utilisée et connue !
 
 
Posté le 16 février 2015 par Nathalie L'Hostis
 
 

Pilar vous propose un programme unique de formation d’aide à la réalisation de la SAE, « Réussir et utiliser la Statistique Annuelle des Etablissements », à découvrir ici http://pilar-institute.com/formation/r%C3%A9ussir-et-utiliser-la-statistique-annuelle-des-etablissements-de-sant%C3%A9-sae
 
Pour vous permettre de découvrir toute la richesse des différentes bases de données hospitalières, dont la SAE, Pilar dispose d’un programme de formation exclusif « Découvrir et utiliser les sites et sources de données hospitalières », détaillé ici http://pilar-institute.com/formation/d%C3%A9couvrir-et-utiliser-les-sites-et-les-sources-de-donn%C3%A9es-hospitali%C3%A8res

Pourquoi la chirurgie ambulatoire pose la question de la capacité en lits d’hospitalisation

Pourquoi la chirurgie ambulatoire pose la question de la capacité en lits d’hospitalisation

 

Dans sa déclaration de politique générale faite le 9  avril 2014, Manuel Valls, Premier Ministre du gouvernement de la France, a fixé un objectif de réduction de la dépense publique de 50 milliards de 2015 à 2017. Au rang des premiers concernés, 10 milliards devront provenir de la Sécurité Sociale.

Il n’a pas fallu longtemps pour que le secteur de l’hospitalisation réagisse, par la voix de ses deux principales fédérations : la Fédération Hospitalière de France (pour les établissements publics) et la Fédération Hospitalière Privée pour sa branche MCO (Médecine Chirurgie Obstétrique pour les établissements à but lucratif).

Point d’accord entre tous : la prise en charge des séjours hospitaliers doit se faire en chirurgie ambulatoire. C’est une donnée extrêmement connue et que résume ainsi la Haute Autorité de Santé (HAS) [1] : « Pour l’ensemble de la chirurgie, [le taux de chirurgie ambulatoire] était seulement de 36 % en France, alors qu’il dépassait les 50 % en Europe du Nord ». Et de décrire la chirurgie ambulatoire comme « une chirurgie  programmée et réalisée dans les conditions techniques nécessitant impérativement la sécurité d’un bloc opératoire, sous une anesthésie de mode variable, suivie d’une surveillance postopératoire permettant, sans risque majoré, la sortie du patient le jour même de son intervention ».

 

Le propos de ce post n’est pas de décrire tous les éléments nécessaires à ce développement, la littérature – tant politique et technique – étant abondante à ce sujet.  Comme le souligne la définition ci-dessus, une organisation axée sur la chirurgie ambulatoire sous-entend que le patient « ne passe pas » de nuit à l’hôpital (ce dernier étant indifféremment public ou privé). Il s’agit plutôt de voir en quoi la chirurgie ambulatoire pose directement la question du calibrage des lits d’hospitalisation.

 

Territoire que nous connaissons le mieux, nous continuerons de prendre l’exemple de la France. Et proposons de faire un premier tour d’horizon desdites capacités en lits hospitaliers. Pour cela, nous recourrons souvent et volontiers à une base de données extrêmement riche et intéressante (et tout autant décriée par les professionnels et les établissements eux-mêmes …) : il s’agit de la Statistique Annuelle des Etablissements de Santé (SAE) [2] . Existant depuis plus de 30 ans, cette enquête administrative est réalisée chaque année. Son intérêt réside dans le fait qu’elle est exhaustive et obligatoire : toute structure hospitalière qui détient au moins une autorisation d’activité DOIT remplir les multiples questionnaires de ce recueil. Par exemple, pour l’année 2012, ce sont les résultats de quelques 4 069 établissements qui sont consultables librement sur internet[3].

 

Revenons aux capacités en lits. Car la SAE permet d’identifier la typologie des lits hospitaliers (hospitalisation complète vs. places en anesthésie et chirurgie ambulatoire).

En termes d’organisation, les capacités en hospitalisation complète ont un fonctionnement H24/24, le plus souvent 7j/7. La particularité des places en ambulatoire réside dans le fait que ces services ne sont ouverts qu’une partie de la journée (de l’ouverture du bloc opératoire jusqu’au retour des derniers patients de salle de réveil, en général en milieu d’après-midi). Ces structures sont donc fermées la nuit, et très souvent le week-end.

C’est ce fonctionnement qui est recherché, car les caractéristiques d’ouverture appellent directement l’encadrement médical et soignant. En d’autres termes, si un lit est ouvert, il ne peut l’être qu’à condition que du personnel soit présent et en situation de gestion et de surveillance des patients qui y sont accueillis.

Notre analyse se fera « « en entonnoir », des considérations les plus globales, puis en zoomant sur des niveaux de détail plus précis.

 

Le schéma ci-contre montre l’évolution du nombre de lits d’hospitalisation en court séjour (dans les spécialités médecine / chirurgie / obstétrique) en regard de celui des places de chirurgie ambulatoire. En 2012, plus de 216 000 lits complets ont été déclarés, quand un peu moins de 15 000 places de chirurgie ambulatoires l’étaient. Une décrue progressive est constaté pour les premiers (- 10 446 lits, soit – 4,6 % de ce type de capacités en 9 ans). Cette diminution est considérable : elle équivaut, par exemple, à plus que les capacités actuelles d’une région entière telle que Midi-Pyrénées (9 076 lits de court séjour en 2012).

 

Intéressons-nous maintenant de plus près aux périmètres de la chirurgie.

L'histogramme montre une diminution globale du nombre de capacités, résultat d’une baisse sensible sur les lits d’hospitalisation complète de chirurgie (- 13 204, soit -14,4 %) au profit des places de chirurgie ambulatoire (+ 5 881, soit + 65,1%). 

Si en 2004, le parc de places de chirurgie ambulatoire représentait 9,0% des capacités totales de chirurgie, en 2012, ce taux atteignait 16,0 %.

Tant sur les capacités que sur la part de la chirurgie ambulatoire, les évolutions des 9 dernières années semblent marquer des tendances à la progression retenue mais véritablement de fond.

Un biais existe aujourd’hui, qui complique la mise en place de la chirurgie ambulatoire : si la part de ce type de prise en charge est en régulière augmentation, l’accueil de ces patients ne se fait pas toujours dans des unités organisées comme telles. Par exemple, si un service dispose de 40 lits d’hospitalisation complète de chirurgie orthopédique et de 10  places de chirurgie ambulatoire, s’il prend en charge 20 patients en chirurgie ambulatoire, il est possible que certains d’entre eux soient, en réalité, pris en charge dans la partie « hospitalisation complète ». Le terme d’ « ambulatoire » forain est parfois utilisé dans ce cas. Ce phénomène diminue le potentiel économique de cette organisation. Le principe médico-économique est en effet optimal quand chaque patient est pris en charge à l’endroit correspondant à son niveau de soins.

L’analyse des durées moyennes de séjour et le calibrage des ressources humaines sont les étapes prochaines de ces analyses, avec les principes constants d’une qualité des soins garanties et d’une optimisation des plateaux et des ressources hospitalières.

Nathalie L’Hostis

Post déposé le 11 avril 2014

 

[1] HAS, ANAP « La chirurgie ambulatoire en 12 questions”, avril 2012 http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-04/la_chirurgie_ambulatoire_en_12_questions.pdf

[2]  "source : SAE données administratives - ministère chargé de la santé, DREES", millésimes de 2004 à 2012

[3] http://www.sae-diffusion.sante.gouv.fr/

 

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