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Webinaire "Gestion RH : Quels sont les meilleurs indicateurs RH pour votre entreprise ?"

Webinaire Gereso

Nathalie L'Hostis, directrice de Pilar, animera pour les Experts RH by Gereso le 11 janvier 2022 un webinaire sur le thème "Gestion RH : Quels sont les meilleurs indicateurs RH pour votre entreprise".

 

 

Pourquoi ce sujet ?

Le démarrage d’un nouvel exercice est un moment propice pour faire évoluer les outils de gestion d’une entreprise. 

Pandémie, problématique de recrutement, prégnance des dimensions économiques et financières : les défis sont nombreux dans le domaine des ressources humaines, alors que les données peuvent se révéler manquantes, trop nombreuses ou imprécises. Le besoin de « faire parler les chiffres » n’a jamais posé autant d’enjeux, alors que les outils viennent parfois à manquer.

Par de nombreuses observations et mises en pratique, nous sommes convaincus de la possibilité de mettre en place rapidement et efficacement des suivis et des indicateurs, au service plein et entier du pilotage des ressources humaines.

Volontairement orienté sur quelques thématiques-clés, ce webinaire vous montrera quelques astuces et approches inspirantes et duplicables à de nombreuses situations.

 

Au programme :

  • Zoom sur quelques indicateurs RH incontournables
  • « Mesurer, c’est bien ; enrichir, c’est mieux » : des formules de calcul simples et différents angles de vue pour mieux comprendre et maîtriser vos données RH
  • Comment organiser ces tableaux de bord RH et en faire de véritables outils de pilotage
  • Questions / Réponses

 

L'intervenante :

Nathalie L’Hostis est spécialisée en contrôle de gestion. Elle a travaillé pendant quinze ans comme contrôleur de gestion dans tous types d'organisations en France. Elle a assuré plusieurs missions d'aide au pilotage et en informatique décisionnelle. Depuis 2008, elle intervient en tant que consultante senior et formatrice au sein de la structure qu’elle a créée. 

Elle anime les formations GERESO « Tableaux de bord des RH », « Tableaux de bord des RH de la Fonction Publique », « Contrôle de gestion hospitalier ». Elle est l’auteur de nombreux articles de blog comme « Cinq clés pour analyser des chiffres et rédiger des commentaires », « Mes principaux commandements sur Excel », « Comment mettre en place la fonction contrôle de gestion pour les RH », « Comment réaliser un tableau de bord des RH hospitalières ? »

 

Pour voir le replay du webinaire :

Replay Webinaire Gestion RH les meilleurs indicateurs

 

 

Blog Pilar - Cinq clés pour analyser des chiffres et rédiger des commentaires

Cinq clés pour analyser des chiffres et rédiger des commentaires

« Un tableau ne vit que par celui qui le regarde ». Si l’auteur de cette phrase n’est autre que Pablo Picasso et s’adresse à l’univers de l’art et de la peinture, ces mots se révèlent cependant tout à fait inspirants pour un tout autre géant des tableaux : le monde professionnel, équipé de son fidèle destrier Excel. Difficile d’imaginer aujourd’hui la gestion et le pilotage quotidien d’une structure, quelle que soit sa taille, sans le recours à des tableaux et à des « chiffres ».


Pour un meilleur confort de lecture, nous vous invitons à télécharger ce post (au format pdf).

Par commodité de langage, le texte utilise les vocables "contrôleur de gestion", "directeur", "responsable", "cadre", etc…, qui concernent aussi bien les personnes masculines que féminines. Le genre utilisé ne préjuge pas du profil de la personne et l'utilisation du masculin ne doit être perçue que comme facilitant la lecture et la compréhension de ce document.


Le recours aux tableurs est généralisé, alors même que le vénérable Excel n’existe ’que’ depuis 1985. Plusieurs raisons – non exhaustives – expliquent cela : peu cher, souple (chacun est libre de concevoir le calcul, l’organisation et la présentation de ses données), doté de plus de quatre cents formules, permettant tout à la fois de réaliser rapidement des calculs, des graphiques, des mises en forme de plus en plus percutantes, d’une capacité quasi illimitée pour les usages « courants », équipant une très grande majorité de sociétés, l’écriture de ce post est l’occasion de prendre quelque recul par rapport à ces fantastiques possibilités. Imaginez : nous venons de découvrir qu’à partir de sa version 2007, une seule feuille du fameux tableur contient plus de dix-sept milliards de cellules[1] ! Et comme on peut avoir au moins 256 feuilles par fichier… Ca en fait des chiffres

 

Pourtant, cela semble ne pas suffire. Si les prérequis techniques sont, somme toute, assez faibles et les potentiels de mesures et d’analyses très importants, dans un climat général d’incertitude, de sentiment de contraintes, de rapidité de transmission et de dématérialisation, la réception de ces tableaux peut être diversement vécue : des données, mais pour quel enseignement ? Que retirer de cette quantité d’informations, certes possiblement intéressante, mais un rien déconcertante ou décourageante tant il y en a ? Sans contextualisation, sans accompagnement (les « smileys », couleurs rouge vs. verte et autres flèches vers le haut, la droite ou le bas, ne sauraient atteindre, à notre goût, une telle ambition), il est un risque à produire uniquement des chiffres : celui d’être considéré par leurs destinataires comme un outil désincarné, froid, au service d’objectifs et de projets dont on ne peut discuter ensemble et pour lesquels le sentiment de ne pas tout comprendre renvoie à l’impossibilité d’agir et de s’exprimer.

 

Les (trop ?) nombreux chiffres présentés gagnent pourtant à être entourés de verbes. A être accompagnés de commentaires qui donnent corps, compréhension et traçabilité aux analyses produites.

Nous aimons à rappeler en formation l’importance des mots, d’une forme de narration, même dans un contexte managérial et technique. De la nécessité d’exprimer, notamment par des écrits dans le sens le plus strict et noble qui soit, les résultats issus des fameux tableaux. Pour faire montre de l’importance de cette forme de communication, rappelons que si Homo Sapiens – Sapiens [2] (c’est-à-dire nous) est apparu il y a 200 000 ans, les premiers systèmes de numérotation sont beaucoup plus récents et la naissance (passionnante) du chiffre (c’est-à-dire un symbole normé sur un support) et des opérations se positionne autour de 3 600 avant Jésus-Christ. Les tenants des approches par l’adaptation penseront qu’il nous faudra encore quelques milliers d’années pour manier les chiffres aussi aisément que les mots.

 

Dans l’attente, la proposition de cet article est d’identifier quelques clés et des éléments de méthode pour procéder à l’analyse d’un « tableau de chiffres » et élaborer des commentaires associés directs, adaptés et pertinents.

 

1ère clé : toujours penser au destinataire

Cette première règle est toujours utile à rappeler, car elle correspond, ni plus ni moins, qu’aux grands principes qui régissent toute situation de communication et que nous allons reprendre ici.

Ainsi, de façon très synthétique, communiquer suppose trois points fondamentaux (et, ceux qui voient le verre à moitié vide diront qu’ils représentent chacun les trois problèmes principaux de cette communication) :

Un émetteur :

en l’espèce, ici, le contrôleur de gestion, le directeur financier, celui ou celle qui a réalisé le tableau, qui élabore l’analyse, qui diffuse les résultats…

Un message :

constitué d’informations, idéalement verbalisé, mais parfois aussi non verbal, il s’appuie en l’occurrence sur les données chiffrées, les mesures et les (éventuels mais recommandés) commentaires.

Un récepteur :

reprenant la sphère professionnelle, il peut s’agir de cadres, directeurs, médecins, responsables de service ou de pôles, tutelles externes, presse et médias etc…

Post Pilar - 5 clés pour analyser chiffres et rédiger des commentaires - Schéma communication

 

En présentant les choses ainsi, l’on imagine bien le schéma courant qui peut être mis en place : un contrôleur de gestion réalise une extraction sur les données du personnel, il procède consciencieusement à des contrôles et à des calculs (totaux, moyennes, pourcentages…), il conçoit quelques graphiques et transmet cela à un directeur ou un responsable de service. A son grand étonnement, le directeur lui demande des informations dont certaines figurent dans son tableau, et le responsable de service ne réagit pas du tout alors que les résultats ne sont manifestement pas très « bons ».

Cette situation invite à penser à l’envers, car – tout adepte du « jeu du téléphone » le comprend très rapidement, où l’émetteur qui chuchote à l’oreille de longues phrases à son voisin, qui les rechuchote à son voisin ... découvre médusé le résultat déformé et rabougri de la bouche du dernier voisin – le plus important n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est retenu.

 

A rebours de certaines pratiques, avant de se lancer dans sa présentation, l’idée première et fondamentale est donc de se poser toujours la question suivante :

« Que doit retenir le destinataire ? »

(et non pas qu’est-ce que j’ai trouvé et qu’est-ce je veux/peux dire)

 

De façon très logique, il sera donc judicieux et recommandé de savoir qui est ou qui sont les destinataires. On n’écrira pas le même commentaire, ni de la même manière sur un possible déficit – par exemple -100 k€ (- 98 458,36 € très exactement) - selon que le destinataire soit le Directeur Général de l’établissement, le Directeur Général de l’Agence Régionale de Santé, le directeur de l’agence bancaire de la société, ou les représentants des instances du personnel, alors même que le montant est strictement toujours le même.

Ce principe est aussi une utile préparation à l’adaptation du langage et des commentaires. Par exemple, 100 k€ n’ont sans doute pas la même « envergure » pour un responsable d’un service dont les dépenses directes totales s’élèvent à 1 M€ que pour un directeur régional qui pilote 1 milliard d’euros.

Pour le premier, le commentaire pourra être : « le déficit prévisible serait de – 98,4 k€ ».

Pour le second, l’on pourra écrire : « le déficit prévisible serait de – 0,1  M€ ».

 

Pour cela, et essayant de nous adapter autant que possible à ces caractéristiques et spécificités, nous recommandons de renforcer ces messages par une présentation des résultats ramenés à la journée, à l’ETP, au nombre de lits etc… Cela passe donc aussi par des pourcentages, évoqués ici à titre d’appropriation par le destinataire des résultats. Par exemple, nous pourrions proposer comme commentaire : « le déficit prévisible représente près de 25 jours ouvrables de dépenses du service » (pour le premier cas) ou « le déficit prévisible peut être vu comme une quasi-situation d’équilibre, puisqu’il représente environ une heure de dépenses de la structure » (pour le second cas).

Nous pensons qu’écrire ce type de phrases permet au destinataire, d’une part d’avoir la mesure des chiffres, et d’autre part de faciliter sa compréhension, mais aussi le type et l’envergure des actions qu’il a à mettre en œuvre.

 

Dans le même temps, reprenant cet exemple, on clarifiera d’emblée et en français (c’est-à-dire avec des phrases) le message unique, concis et factuel que l’on pense que le destinataire doit retenir. Dans le cas présent, cela pourrait être, selon les objectifs de la communication que l’on élabore :

« L’établissement connait pour la première fois un déficit ».

« L’établissement risque d’être en déficit, mais les choses sont améliorables ».

« L’établissement est toujours en déficit mais s’est amélioré ».

« L’établissement a besoin de ressources supplémentaires pour ne pas être en déficit ».

« Un plan d’actions rapide et pratique doit être mis en place pour ne pas être en déficit ».

Cette étape précieuse permet, outre une clarification, d’orienter l’ensemble des commentaires et de les rendre, ipso facto pertinents.

 

Autre principe corollaire et un peu martial, nous l’accordons : pour que le destinataire retienne le message, il est important qu’il le comprenne. Ce but passe, notamment, par le fait qu’il NE doit PAS faire l’analyse. Ce principe fondamental est tel qu’il est toujours déconseillé de transmettre tout tableau, si brillant soit-il, sans commentaires. Ce n’est pas au lecteur à « trouver » le message, mais bien à celui qui a traité les données et les informations de préparer ces éléments, en particulier pour permettre au destinataire de se concentrer sur son rôle de décideur et de ne pas (lui faire) perdre de temps, ni d’aboutir à de possibles contre-sens ou erreurs.

Les prochaines clés en disent plus sur la manière de parvenir et d’approcher cela.

 

 

2ème clé : l’entonnoir et le ping-pong

 

Mettons-nous dans une situation tout à fait classique et fréquente, où un directeur, récemment arrivé, demande à son contrôleur de gestion des ressources humaines une analyse des données RH de l’année 2019, sans plus d’indications. Le tableau extrait et légèrement retravaillé donne ceci :Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

 

 

Le principe de l’entonnoir pourrait se résumer en : d’abord les grandes masses, puis progressivement du détail.

Illustrons cette règle avec notre tableau précédent, sur le seul indicateur des effectifs.

Nous pourrions ainsi rédiger :

Niveau le plus agrégé : « Au 31 décembre 2019, les effectifs s’établissaient à 775 ETP ».

Un peu plus de détail : « La population des soignants représente la première catégorie avec près de 6 salariés sur 10 (460 sur 775, soit 59 %) ». 

On appréciera que, dans la deuxième phrase, ce n’est pas le pourcentage qui a été écrit en premier, mais une formule rédigée « près de 6 sur 10 », qui permet une meilleure appropriation et mémorisation pour le lecteur destinataire. Cela n’empêche pas, bien entendu, d’être précis, ce que nous avons fait en inscrivant données et pourcentage entre parenthèses.

 

Pour illustrer le ping-pong, consistant à rapprocher des indicateurs de natures différentes pour enrichir les commentaires, reprenons notre tableau précédent avec des calculs supplémentaires (comme le taux d’absentéisme, le taux de départ en formation, le turn-over, le ratio de remplacement, le taux de fréquence des accidents du travail). Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

Premier axe d’analyse :            « Les personnels techniques et ouvriers sont au nombre de 125, soit 16 % des effectifs »

Deuxième axe, pour enrichir : « Or, cette catégorie concentre près du tiers des accidents de travail avec arrêt (50 sur 156, soit 32 %) ».

Troisième axe, pour enrichir : « Par ailleurs, si près d’un salarié sur 4 a bénéficié d’une formation, les personnels techniques et ouvriers enregistrent un taux de départ de moitié, avec près de 9 salariés sur 10 sans formation en 2018 (15 départs, soit 12 % vs. 23 % sur l’ensemble de l’établissement).

 

On notera qu’il n’est pas fait de lien de causalité (ce point serait à évaluer par d’autres mesures notamment statistiques), mais qu’en mettant côte à côte des indicateurs et des chiffres avec une formulation littérale, le destinataire des résultats bénéficie d’une vision plus subtile et plus fournie de la situation.

 

3ème clé : un sujet, plusieurs approches

Il n’est pas toujours aisé de pouvoir faire la synthèse ou de détecter des points remarquables dans un tableau, notamment s’il est issu d’une extraction comportant de nombreuses données. Outre le repérage, au titre du « principe de l’entonnoir », des grandes masses, le contrôleur de gestion ou l’analyste gagneront à établir systématiquement des calculs simples, mais encadrants que sont :

  • Total, Moyenne, Médiane, Minimum, Maximum

On pourra aussi utilement recourir aux :

  • Coefficient de corrélation, tendances

 

Prenons l’exemple de l’activité PMSI 2018 de la région Nouvelle-Aquitaine, fait dans les « vraies » conditions, c’est-à-dire comme si nous étions en établissement, outillée de notre seul tableur. Pour cela, nous avons utilisé Scansanté[3], et extrait, via le questionnaire de la rubrique Activité établissement – Case mix MCO, un fichier contenant les séjours par code GHS, durées moyennes de séjour (nous avons recalculé à partir de ces deux premiers indicateurs le nombre de journées), l’âge moyen, le sexe ratio et le pourcentage de décès. Nous nous intéresserons surtout aux trois premiers indicateurs.

Le fichier extrait ne fait pas moins de 2 150 lignes, ce qui le rend un peu effrayant pour celui ou celle qui doit en faire une synthèse…

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

 

 

 

 

Procédons comme proposé aux calculs globaux et selon le « principe de l’entonnoir » :

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

 

 

 

 

 

 

 

Les premiers commentaires peuvent donc être rédigés à partir des totaux, moyennes, médianes, minimums, maximums, voire coefficient de corrélation, par exemple ainsi :

Niveau le plus agrégé « En 2018, le nombre de séjours GHS enregistrés en Nouvelle-Aquitaine s’est élevé à près de 2,7 millions (2 650 259, soit 70 274 par jour calendaire) ».

Un peu de ping-pong :   « La répartition montre une très grande variété, avec 2 148 GHS différents »

Un peu plus de détail : « Le volume de séjours par GHS est cependant très contrasté : si la moyenne s’établit à 1 233 séjours par GHS, la médiane est très éloignée (186), ce qui est souligné par des extrêmes allant de 11 séjours par GHS au minimum (plusieurs sont concernés) à 342 370 (GHS 28Z04Z « « Hémodialyse, en séance », qui concentre donc 13 % des séjours).

Un peu de ping-pong :  « Le nombre total de journées s’est élevé à près de 5,3 millions, ce qui aboutit à une durée moyenne de séjour de près de 2 jours. Cependant, il n’y a pas de corrélation entre le nombre de séjours enregistrés et le nombre de journées (coefficient très proche de 0 puisqu’établi à 0,08). 

On notera l’alternance de chiffres en volume et en pourcentage, choisi en fonction de leur côté « percutant » pour le lecteur par rapport à ces résultats.

 

4ème clé : « Moins de chiffres, plus de lettres »

 

Cette expression ne nous revient pas. Elle a été exprimée lors des dernières journées nationales « Ethique et pratique(s) : le management au cœur du débat ! »[4], tenues en novembre 2019 par le SYNCASS à Bordeaux. C’est Monsieur Philippe Banyols, directeur du Centre Hospitalier de Béziers, qui a repris sur son compte Twitter ce principe que nous partageons :

 « Moins de chiffres. Plus de lettres. Moins de tableaux de bords, de diagramme et de protocoles. L’hôpital a besoin de s’inscrire dans un récit. De se ré-appropier son histoire pour se projeter dans l’avenir avec ambition ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous nous permettons de la reprendre pour indiquer l’importance de produire, parallèlement et de façon complémentaire, mesures chiffrées et commentaires. D’ailleurs, nous espérons que les quelques exemples fournis précédemment lors des trois premières clés montrent l’enrichissement qui se crée lorsque les mesures sont accompagnées de mots.

 

Mais comment traduire cette quasi maxime ?

 

Nous proposons trois repères :

 

Le premier peut paraitre évident voire simpliste, mais, élaborer des commentaires consiste à rédiger des phrases. Pas des idées présentées sous forme de paragraphes à puces, non. D’authentiques phrases. Commençant par une majuscule, finissant par un point, avec un verbe conjugué (idéalement au présent) au milieu. Pour les moins à l’aise, la valse sujet – verbe – complément fonctionne très bien et constitue un bon repère.

 

Le deuxième réside dans l’intérêt de raconter une histoire. En tous les cas – nous savons bien que nous nous adressons à des profils plutôt mathématiques et statistiques que sont les contrôleurs de gestion et autres cadres gestionnaires économiques et financiers – les commentaires seront d’autant plus lus et appropriés par le lecteur qu’une forme de progression sera envisagée par celui ou celle qui les écrit. Une histoire a un début (encore un argument pour « l’entonnoir ») et une fin (qui peut se faire sous forme d’ouverture, vers une proposition d’approfondissement, ou sous forme de conclusion).

Pour donner corps à cette histoire, quelques adverbes (cependant, précisément, tout à fait…), célèbres conjonctions de coordination (or, car, mais etc…) et autres « nuanceurs » (près de, quasi …) placés avec justesse et parcimonie donnent rythme et animation aux écrits.

 

Le troisième réside dans le fait d’aller droit au but. Les commentaires ne sont pas nécessairement longs. Au contraire. Quelques phrases (trois ou quatre par paragraphe, pas plus de deux paragraphes) doivent fournir directement, sans détour ni circonvolution les résultats. Les formulations devront donc être précises, et surtout pas allusives ou hypothétiques. Il est à ce sujet très important de distinguer commentaires (ce qui accompagne un tableau et ses chiffres) et justifications (qui portent sur des causes possibles des résultats mais qui ne sont pas dans le tableau). Cette confusion – que nous rencontrons très fréquemment – est préjudiciable car elle entraine l’auteur vers des explications (potentielles et par toujours vérifiées de surcroit) au détriment de la mesure (qui elle est tangible et objectivée dans le tableau).

 

5ème clé : la neutralité

 

Notre premier schéma sur la communication (de l’émetteur au récepteur) a été volontairement simplifié. Les meilleurs communicants savent que du message qu’un émetteur veut transmettre ne restera qu’une portion congrue que le récepteur retiendra, passant par le tamis de filtres (ses croyances, ses valeurs, son expérience, ses attentes), sans parler des éventuels parasitages de tous ordres qui peuvent brouiller la transmission et la réception.

Il existe cependant quelques règles pour accroître la « quantité » et l’intégrité du message perçu. L’une d’elles se rapporte aux filtres dont nous venons juste de parler : les mots sont porteurs de sens, d’images, de souvenirs qui peuvent altérer ou modifier le message. Nous aimons à dire que certains sont ainsi connotés. Par exemple, « rentable », quand bien même nous savons très bien qu’il s’agit d’une formule mathématique et financière (en l’occurrence résultat / recettes), est un adjectif qui sera fort probablement perçu par le récepteur de façon différente : soit une aubaine personnelle, un peu opportuniste, soit comme une menace aux ressources et une volonté de réduire les droits et situations des salariés. Plusieurs termes, parfaitement courants au demeurant, sont ainsi « chargés », positivement ou négativement, comme « trop », « peu », « pas », « pas (assez) », « fort », « faible », « bon », « mauvais », « nul », « résilient », « exceptionnel », « seulement »…

Ces mots induisent une forme de jugement, qui oriente le message auprès du récepteur. Cela peut être un objectif de l’émetteur (utiliser certains de ces termes appuie le message), mais cette volonté d’emphase gagnera à être requise avec parcimonie.

 

Ces quelques points invitent donc à mettre en pratique, lors de la rédaction des commentaires, les points suivants :

  • Les termes et les tournures utilisées seront, autant que possibles, neutres et sans jugement (encore moins de valeur).
  • « Les faits, rien que les faits » : les commentaires porteront sur les seuls chiffres, ni plus, ni moins, sans exprimer aucune opinion de la part de l’émetteur.
  • Afin d’éviter toute confusion, les tournures seront affirmatives et l’on évitera les négations (‘ne’ …’pas’ ; ‘ne’… ‘que’ …).
  • Se relire, encore et encore, avec l’avantage inégalable de corriger fautes et coquilles. Même et encore plus quand on n’a pas le temps. Un accident de chiffres est très vite arrivé. Notre métier est celui de la rigueur, cette dernière passant par la forme aussi.

 

 

En guise de conclusion et de conseil, nous savons que cette partie rédactionnelle est parfois redoutée et qu’elle peut faire perdre ses moyens au meilleur contrôleur de gestion et analyste qui soit, d’autant plus si la demande d’informations est exprimée « en urgence » et/ou revêt un caractère stratégique. La pratique régulière est la plus grande alliée du développement de cette compétence qui, à l’heure de la disponibilité et de la relative facilité à avoir des données, devient un atout et une différence pour qui la maîtrise. Les étapes préalables restent inchangées : identification du besoin, extraction et traitements des données, contrôles. Nous conseillons de prendre, même physiquement, du recul quand le tableau est prêt : un peu comme une discipline sportive, réaliser des commentaires relève d’une gymnastique dont le résultat est d’un apport très important pour les destinataires et leur prise de décision.

 

Posté le 28 janvier 2020 par Nathalie L'Hostis

 

Pilar est spécialisée dans la formation, le conseil et le recrutement en contrôle de gestion et aide au pilotage hospitalier. Nos programmes sont spécialement conçus pour vous accompagner sur ces sujets. Nous vous recommandons particulièrement dans cette optique nos programmes suivants, spécialement conçus pour les métiers du pilotage hospitalier et des établissements de santé :

 

9 programmes experts dédiés aux différents métiers du contrôle de gestion hospitalier

12 programmes centrés sur la comptabilité analytiques hospitalières

9 programmes sur les tableaux de bord et indicateurs de pilotage hospitalier

9 programmes pour maîtriser les techniques du contrôle de gestion et des données hospîtalières

 

Abréviations

AT                    Accident du Travail

ETP                  Equivalent Temps Plein

GHS                 Groupe Homogène de Séjour

MCO                 Médecine Chirurgie Obstétrique

PMSI                Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information

RH                   Ressources Humaines 

SYNCASS         SYndicat National des CAdres Sanitaires Sociaux publics et privés

 

 

 


 

 

 

 

 

 
Copyright Pilar - Comment utiliser la méthode effet prix - effet volume en établissement de santé

Comment utiliser la méthode effet prix – effet volume en établissement de santé

Pour un meilleur confort de lecture, nous vous invitons à télécharger ce post (au format pdf).

Un récapitulatif des abréviations utilisées dans ce document se trouve en fin de document. Elle est complétée des références utilisées pour réaliser le présent document et de liens complémentaires.

 

S’il est un grand classique dans les techniques de contrôle de gestion, c’est bien la méthode dite « Effet prix – effet volume », dont l’objet est d’apporter des précisions et des mesures lors de la mise en évidence d’écarts.

Pour tout dire, ce type de calculs porte avant tout et préférentiellement sur des évolutions de chiffre d’affaires, en lien direct avec le suivi budgétaire des ventes.

Ces premières phrases, directement issues du secteur marchand, ne rendent-elles pas cette technique inadaptée au milieu, tertiaire et majoritairement à but non lucratif, qu’est l’hôpital ?

Et bien, non. Pour tout dire, bien qu’apprise en formation initiale, notre utilisation de cette méthode est plutôt récente (quelques années tout au plus, sur une carrière de plus d’un quart de siècle à cette heure). Nous vécûmes à ce sujet un authentique requestionnement à son sujet, lors de la parution en 2014 de l’excellent « Guide pour le suivi de la masse salariale » élaboré par la Direction Générale de l’Offre de Soins, du Ministère de la Santé français [1].

Ainsi, dans ce court document de référence, la tutelle estime et fait de cette technique un outil incontournable du suivi de l’évolution des dépenses de personnel. L’exemple synthétique (repris ci-contre) et bien décrit montre ainsi la « rapidité », voire la simplicité de réalisation de ces calculs, tout en suggérant un enrichissement de la compréhension des écarts, et donc des voies d’amélioration et des leviers d’actions possibles selon le sujet analysé.

Guide masse salariale hôpital - DGOS

 

Qu’est-ce que la méthode effet prix – effet volume ?

Une technique de calcul des écarts

Le pilotage économique et financier de toute organisation – à but lucratif ou non – nécessite de comparer régulièrement les résultats atteints (en termes de recettes, de dépenses, de volume d’activités…), soit avec le budget lorsqu’il existe (dans les établissements hospitaliers publics français, la référence et le cycle de gestion sont caractérisés dans l’Etat Prévisionnel des Recettes et des Dépenses (EPRD)), soit avec les années passées.

La mise en évidence d’écarts (réel vs. prévisionnel, réel N vs. réel N-1, réel établissement vs. réel moyenne nationale ou d’un échantillon…) permet dans un premier temps d’identifier des différences par rapport à des normes ou des objectifs, pour, dans un second temps, repérer les axes d’amélioration ou de réajustement.

Dans l’ouvrage collectif « Le contrôle de gestion, organisation, outils et pratiques », les auteurs expliquent qu’à chaque type d’écart peut être associé un type de cause [2] : « Un écart par rapport au budget matérialise une « déviation » par rapport à la trajectoire que l’entreprise s’était initialement fixée. Chaque type d’écart correspond à un type de déviation, à une catégorie de « phénomènes perturbateurs » qui ont pu se produire ».

S’agissant par exemple des recettes, quatre grands types d’écarts peuvent être mesurés :

  • L’écart sur les volumes (quel est l’impact des variations relatives aux quantités vendues)
  • L’écart sur le rendement (quel est l’impact des variations concernant les quantités consommées et utilisées)
  • L’écart sur les prix (quel est l’impact des variations relatives aux prix de vente ou au coût d’achat)
  • L’écart sur le mix (quel est l’impact de la variation de la répartition des recettes selon les différents produits ou prestations)

Pour ne pas « alourdir » notre démonstration, nous choisissons de ne pas publier les règles de chacune, d’autant que dans le cadre d’une utilisation hospitalière, une adaptation importante nous parait à apporter. En effet, afin d’isoler les deux plus grandes causes d’écarts qui nous semblent avoir lieu le plus fréquemment, nous proposons de ne pas prendre en compte ni l’ « effet mix », ni de l’effet rendement.

 

Des adaptations et une proposition de démarche pour le domaine hospitalier

Il résulte de notre choix précédent que, pour un sujet donné, un écart global (par exemple dépenses de personnel réelles vs. budgétées) peut être expliqué soit par l’évolution des effectifs rémunérés, soit par l’évolution du salaire moyen par effectif rémunéré. Un tableau synthétique éclaircira rapidement ce point.

Ainsi, imaginons qu’un établissement de santé souhaite mesurer, puis comprendre, l’évolution de sa masse salariale par rapport à l’année passée. La progression que nous présentons peut être considérée comme un fil conducteur et ré-applicable à toute situation.

Etape u : un tableau avec quatre nombres

Pour cela et à ce stade, seuls quatre chiffres sont nécessaires :

- la masse salariale N

- la masse salariale N-1

- les effectifs rémunérés en N

- les effectifs rémunérés en N-1

Copyright Post Pilar – Effet prix – Effet volume Tableau 1

 

 

Etape v : ajout de l’indicateur « coût moyen » et des colonnes d’écart

Un simple tableau à trois colonnes et trois lignes et à construire.

En effet, outre les € des dépenses et les volumes des effectifs, un troisième indicateur est à calculer : le salaire moyen par effectif (qui correspond à la division entre la masse salariale totale et les effectifs rémunérés). On calcule les écarts année N vs. N-1 pour chacune des dimensions.

Copyright Post Pilar – Effet prix – Effet volume Tableau 2
 

 

Etape w : calcul des effets prix et volume

Nous allons à ce stade mesurer alternativement chacune des raisons qui ont pu avoir un impact sur la variation de la masse salariale.

Commençons par l’effet prix : nous cherchons à évaluer l’effet de la variation (en l’occurrence ici une hausse) du salaire moyen sur la masse salariale totale. Pour cela, nous aimons à dire cette phrase : 

« Si l’établissement avait conservé les mêmes effectifs (c’est-à-dire 1 000),

comme le salaire a augmenté de + 500 € en moyenne pour chaque effectif,

la masse salariale aurait augmenté de 500 000 € ».

La formule de l’effet prix est la suivante :

(Salaire moyen N – Salaire moyen N-1 ) x Effectifs N-1

Soit dans l’exemple présent :

(32 500 € - 32 000 €) x 1 000 effectifs = + 500 000 €

 

Pour l’effet volume, voici la phrase qui peut être illustrative et utilisée : 

« Les effectifs ont augmenté de + 5. Or, comme chacun a perçu un salaire moyen de 32 500 € à l’année N, la masse salariale est augmentée de + 162 500 €. »

La formule de l’effet volume est la suivante :

(Effectifs N – Effectifs N-1 ) x Salaire moyen par effectif N

Soit dans l’exemple présent :

(1 005 – 1 000) x 32 500 € =                + 162 500 €

 

Par cette procédure, nous venons donc de clarifier la hausse globale de la masse salariale de + 662 500 € entre N et N-1, par un effet prix de + 500 000 € et un effet volume de + 162 500 €. Pour une présentation très « contrôle de gestion », ce tableau gagnera à être accompagné d’un commentaire littéral et synthétique qui pourrait être formulé ainsi : 

« La hausse de + 662 500 € de la masse salariale entre N et N-1 est expliquée aux trois quarts * par la hausse du salaire moyen (+ 500 €, soit + 1,6 %). La quasi-stabilité des effectifs (+ 5, soit +0 ,5 %) a eu un impact limité (+ 162 500 €, soit le quart) sur l’augmentation de la masse salariale totale ».

* 500 000 € / 662 500 € = 75 %

Nous portons l’attention sur le fait que la somme des deux effets doit toujours être exactement égale à l’écart total.

 

Les secteurs et activités qui s’y prêtent bien (avec des illustrations associés)

Les exemples à venir sont tout autant présentés pour montrer que l’analyse des écarts par les « prix » et les « volumes » peut s’appliquer dans plusieurs secteurs du monde hospitalier, que, telle la répétition d’exercices pour bien maitriser la méthode, calculés autant de fois pour illustrer et s’approprier la démarche. Nous souhaitons aussi montrer que si les écarts peuvent se calculer par rapport à l’année antérieure, ceci est aussi réalisable avec les prévisions pour la période en cours, mais aussi avec un établissement de référence ou un échantillon de structures. C’est pourquoi, nous nous référerons à des documents disponibles sur internet et à des bases de référence de type Hospidiag [3].

Nous venons de voir que la technique effet prix – effet volume est bien contributive de la compréhension des évolutions de la masse salariale. Dans le champs des ressources humaines, deux autres thématiques peuvent utilement y faire appel : la formation et l’absentéisme. Nous verrons ensuite que les achats, la logistique et la comptabilité analytique s’y prêtent aussi.

 


Le pilotage et le suivi de la formation

La situation à analyser

Imaginons un établissement de santé universitaire, le CHU de Pandora, qui souhaite savoir si son effort en termes de formation continue est proche de ses homologues. En 2018, après une évolution très importante des dépenses allouées à ce sujet (8 500 000 € contre 7 900 000 € en 2017, soit + 600 000 € et + 7 %), il souhaite mieux connaître son positionnement, sachant que 11 000 départs en formation ont été enregistrés. 

Dans ses études internes, il se compare régulièrement au CHU de Bordeaux. Ce dernier met d’ailleurs en ligne son bilan social fournissant de nombreux indicateurs et données relatifs à ses ressources humaines[4]. Ainsi, l’on apprend page 6 qu’en 2018, 10 653 départs ont été réalisés, pour une dépense totale de 9 850 000 €.

 

La démarche, pas à pas

Nous confirmons bien détenir les (seuls) quatre chiffres nécessaires à notre analyse :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 3

Nous pouvons donc construire notre tableau total avec les écarts :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 4

 

Calculons maintenant les deux effets, en nous aidant de nos deux phrases :

Pour l’effet prix, dont le calcul est 10 653 x (- 152 €) = - 1 618 136 €  :

« Si le CHU de Pandora avait les mêmes effectifs que le CHU de Bordeaux (c’est-à-dire 10 653), comme la dépense moyenne des départs en formation du CHU de Bordeaux est 152 € supérieure, les dépenses de formation du CHU de Pandora seraient inférieures de 1 618 136 € »

Pour l’effet volume, dont le calcul est 347 x 773 € = 268 136 €  :

« Le CHU de Pandora enregistre plus de départs en formation que le CHU de Bordeaux. Or, comme chaque départ a généré, au CHU de Pandora, une dépense moyenne de 773 €, la dépense de formation concernée est supérieure de + 268 136 € à celle du CHU de Bordeaux ».

Pour le contrôle, la somme des deux effets (- 1 618 136 + 268 136 = - 1 350 000 €) est bien égale à l’écart total.

En guise de commentaires, il serait donc possible d’écrire :

« Les départs en formation du CHU de Pandora (11 000) sont légèrement supérieurs (+ 3 %) à ceux du CHU de Bordeaux (10 653). Pourtant, avec 8 500 k€ en 2018, sa dépense totale en formation est très en-decà de celle du CHU de Bordeaux (9 850 k€, soit -14 % et – 1 350 k€).

Cette situation s’explique par deux effets prix et volume contraires : les effectifs supérieurs expliquent un écart positif de 268 k€, alors que la dépense moyenne (inférieure de 152  € et – 16 %) aboutit à un écart négatif de – 1 618 k€. »

 


L’analyse de l’absentéisme

 

La situation à analyser

L’intérêt de cette illustration réside dans le fait que l’on peut recourir aux calculs d’effets prix / volume même lorsqu’il n’y a pas de dépenses ou de recettes, c’est-à-dire sans un montant en devises.

C’est le cas, par exemple, lorsque l’on cherche à mieux comprendre les indicateurs globaux autour de l’absentéisme.

Nous construisons à partir d’Hospidiag  la présente illustration avec un Centre Hospitalier « Alexandre Dumas » situé dans la région des Hauts-de-France. Son taux d’absentéisme pour motif médical de son personnel non médical est en croissance sur les cinq derniers exercices, pour atteindre 8,3 % en 2017, correspondant à environ 59 000 journées d’absence pour environ 1 950 effectifs non médicaux.

Il choisit de se comparer au Centre Hospitalier du Nord-Est sensiblement de même taille, assez proche géographiquement (moins d’une heure), et surtout plus « performant » sur ce thème. Ce dernier compte 2 000 effectifs non médicaux et 50 000 journées d’absence, soit un taux d’absentéisme de 6,8 %.

 

La démarche, pas à pas

Nous confirmons bien détenir les (seuls) quatre chiffres nécessaires à notre analyse :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 5

Nous pouvons donc construire notre tableau total avec les écarts :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 6

 

Calculons maintenant les deux effets, en nous aidant de nos deux phrases :

Pour l’effet « prix », dont le calcul est 1 950 x 5 jours =  10 000 jours  :

Il correspond dans ce cas à la durée moyenne des absences.

« Si le CH Alexandre Dumas avait les mêmes effectifs que le CH du Nord-Est (c’est-à-dire 2 000), comme la durée moyenne d’absence du CH du Nord-Est est inférieure de 5 jours, le nombre total de jours d’absence du CH Alexandre Dumas seraient inférieures de 10 000 jours »

Pour l’effet volume, dont le calcul est - 50 x 30 jours = - 1 500 jours  :

« Le CH Alexandre Dumas dispose de moins d’effectifs non médicaux (- 50) que le CH du Nord-Est. Or, comme chaque effectif, au CH Alexandre Dumas, comptabilise une durée moyenne d’absence de 30 jours, le nombre total de jours d’absence est inférieur de – 1 500 jours par rapport à celui du CH du Nord-Est ».

Pour le contrôle, la somme des deux effets (10 000 – 1 500 = 8 500) est bien égale à l’écart total.

En guise de commentaires, il serait donc possible d’écrire :

« Le nombre de jours d’absence du CH Alexandre Dumas est largement supérieur à celui du CH du Nord-Est (+ 8 500, soit +14 %), alors même que ses effectifs sont légèrement inférieurs (- 50, soit – 2 %).

Cette situation est majoritairement expliquée par un « effet prix », en l’occurrence une durée moyenne d’absence sensiblement plus importante (30 jours contre 25 jours). Dit autrement, si le CH Alexandre Dumas avait la même durée moyenne d’absence par effectif, ce sont 10 000 journées de moins qui seraient concernées. »

Cet exemple peut être repris point par point dans un tout autre domaine : l’analyse des durées moyennes de séjour en hospitalisation complète.

 


 

Les dépenses pharmaceutiques, par exemple en dialyse

 

La situation à analyser

L’idée de ce nouvel exemple est de montrer l’impact de l’évolution d’une activité telle que la dialyse, et de trouver rapidement les données via les retraitements comptables et la Statistique Annuelle des Etablissements (SAE).

Dans ses retraitements comptables 2018, un établissement privé à but non lucratif a identifié un coût total de 1 985 000 € sur sa section de dialyse. Ce coût est en large retrait par rapport à l’année précédente où il s’établissait à 2 300 000 € (- 315 000 €, soit – 14 %). Ces données sont issues des tableaux de contrôle VALID-RTC, où l’on peut noter que l’activité en ICR (Indice de Coût Relatif) est elle-même en recul de – 7 %.

Pourtant, l’établissement estime que la notion d’ICR n’est pas aisée à manipuler par rapport au nombre de séances, d’autant que des biais dans l’exhaustivité du recueil et du codage ont été identifiés.

Le nombre de séances est aisément disponible via la SAE [5]. Une interrogation rapide montre que 6 500 dialyses ont été décomptées en 2018, contre 6 100 en 2017, soit une hausse de + 400 et + 6 %.

Les dépenses de personnel étant par ailleurs restées stables, il souhaite évaluer l’impact de l’évolution des seules dépenses à caractère médical. Par ses RTC 2017 et 2018, il est possible de recueillir ce montant qui est passé de 245 000 € à 232 000 € (soit -13 000 € et – 5 %).

 

La démarche, pas à pas

Nous confirmons bien détenir les (seuls) quatre chiffres nécessaires à notre analyse :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 7
 

Nous pouvons donc construire notre tableau total avec les écarts :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 8

 

Calculons maintenant les deux effets, en nous aidant de nos deux phrases :

Pour l’effet prix, dont le calcul est 6 100 x (- 4,47 €) = - 27 277 €  :

« Si l’établissement avait réalisé le même nombre de séances de dialyse en 2018 qu’en 2017 (c’est-à-dire 6 100), comme la dépense moyenne pharmaceutique par séance a diminué de – 4,47 €, les dépenses seraient inférieures de - 27 267 € ».

Pour l’effet volume, dont le calcul est 400 x 35,69 € = 14 277 €  :

« L’établissement a enregistré une augmentation du nombre de dialyses réalisées. Or, comme chaque séance a consommé un coût moyen de 35,69 € de dépenses pharmaceutiques en 2018, la dépense totale est supérieure de + 14 277 € par rapport à 2017 ».

Pour le contrôle, la somme des deux effets (- 27 277 + 14 277 = - 13 000) est bien égale à l’écart total (les chiffres exacts non arrondis ont été utilisés).

En guise de commentaires, il serait donc possible d’écrire :

« Les dépenses pharmaceutiques relatives à l’activité de dialyse ont diminué de – 13 k€ entre 2017 et 2018, alors même que le nombre de séances augmentait (+ 400, soit + 6%).

Cette situation s’explique par deux effets prix et volume contraires : les volumes supérieurs expliquent un écart positif de + 14 k€, alors que la dépense pharmaceutique moyenne par dialyse (inférieure de - 4,5  € et – 11 %) aboutit à un écart négatif de – 27 k€. »

 


Les dépenses de restauration

 

La situation à analyser

C’est un grand classique : en dehors des dépenses de personnel et pharmaceutiques, les charges de logistique et de gestion générale concentrent de 20% à 30 % des coûts d’un établissement de santé. La restauration se situe au premier rang, et, par nature comptable, représente surtout le quatrième ou cinquième compte de dépense.

A nouveau, les données issues de la comptabilité analytique, croisant les volumes des repas produits avec les charges affectées à la fonction restauration, se prêtent très bien à une analyse effet prix – effet volume.

Nous prenons l’exemple d’un centre de lutte contre le cancer. Lors de la réalisation de ses retraitements comptables, il constate une forte baisse des dépenses de sa fonction restauration entre 2017 (1 750 000 €) et 2018 (1 515 000 €, soit – 235 k€ et – 13%). Pourtant, dans le même temps, le nombre de repas servis aux patients a augmenté de 186 000 à 195 000 (soit + 9 000 et + 4,8 %).

 

La démarche, pas à pas

Nous confirmons bien détenir les (seuls) quatre chiffres nécessaires à notre analyse :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 9
 

Nous pouvons donc construire notre tableau total avec les écarts :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 10

Calculons maintenant les deux effets, en nous aidant de nos deux phrases :

Pour l’effet prix, dont le calcul est 186 000 x (- 1,64 €) = - 304 923 €  :

« Si l’établissement avait réalisé le même nombre de repas en 2018 qu’en 2017 (c’est-à-dire 186 000), comme le coût moyen par repas a diminué de – 1,64 €, les dépenses seraient inférieures de – 305 040 € ».

Pour l’effet volume, dont le calcul est 9 000 x 7,77 € = 69 923 €  :

« L’établissement a enregistré une augmentation du nombre de repas servis. Or, comme chaque repas a un coût moyen de 7,77 € en 2018, la dépense totale est supérieure de + 69 923 € par rapport à 2017 ».

Pour le contrôle, la somme des deux effets (- 304 923 + 69 923 = - 235 000) est bien égale à l’écart total (les chiffres exacts non arrondis ont été utilisés).

En guise de commentaires, il serait donc possible d’écrire :

« Les dépenses de restauration ont diminué de – 235 k€ entre 2017 et 2018, alors même que le nombre de repas servis augmentait (+ 9 000, soit + 5%).

Cette situation s’explique par deux effets prix et volume contraires : les volumes supérieurs expliquent un écart positif de + 70 k€, alors que le coût moyen par repas (inférieure de - 1,6  € et – 17  %) aboutit à un écart négatif de – 304 k€. »

 


Les recettes liées à l’activité, par exemple les suppléments réanimation

 

La situation à analyser

S’il est un domaine où la technique effet prix / volume excelle, c’est bien dans le champ des recettes et du chiffre d’affaires. Appliquons-la, par exemple, pour comprendre l’évolution des recettes de suppléments au séjour, comme en réanimation.

Ainsi, dans notre cas, entre 2017 et 2018, le tarif national pour une journée validée en réanimation a été augmenté de 5 €, passant de 803 € à 808 € par jour. Or, l’établissement sujet de notre illustration note un recul des recettes sur ce sujet, passées de 2 470 000 € à 2 445 000 €, soit – 25 000 € et – 1 %.

La démarche, pas à pas

Nous confirmons bien détenir les (seuls) quatre chiffres nécessaires à notre analyse :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 11

Nous pouvons donc construire notre tableau total avec les écarts :

Copyright Pilar - Post effet prix - effet volume en établissement de santé - Tableau 12

Calculons maintenant les deux effets, en nous aidant de nos deux phrases :

Pour l’effet prix, dont le calcul est 3 075 x 5 € = + 15 413 €  :

« Si l’établissement avait réalisé le même nombre de suppléments réanimation en 2018 qu’en 2017 (c’est-à-dire 3 075), comme le tarif moyen par supplément a augmenté de + 5 €, les recettes seraient supérieures de + 15 413 € ».

Pour l’effet volume, dont le calcul est (- 50) x 808 € = - 40 413 €  :

« L’établissement a enregistré une diminution du nombre de journées avec suppléments de réanimation (- 50). Or, comme chaque journée a une recette moyenne de 808 € en 2018, la recette totale est minorée de – 40 413 € par rapport à 2017 ».

Pour le contrôle, la somme des deux effets (+ 15 413 € - 40 413 € = - 25 000 €) est bien égale à l’écart total (les chiffres exacts non arrondis ont été utilisés).

En guise de commentaires, il serait donc possible d’écrire :

« Les recettes liées aux suppléments en réanimation ont diminué de – 25 k€ entre 2017 et 2018, alors même que le tarif unitaire augmentait (+ 5 €, soit + 0,6 %).

Cette situation s’explique par deux effets prix et volume contraires : les volumes inférieurs expliquent un écart négatif de recettes de - 40 k€, alors que la recette moyenne par supplément aboutit à un écart positif de + 15  k€. »


 

Suggestions et recommandations

D’autres exemples à creuser

Ces premiers exemples, volontairement réitérés, montrent que d’autres thématiques peuvent donner lieu à ce type d’analyses. Nous notons pêle-mêle :

  • Les dépenses des spécialités coûteuses selon le nombre de séjours
  • Les dépenses d’entretien ou de services hôteliers en fonction des mètres carrés (dont le périmètre peut changer)
  • Les achats et dépenses du système d’information en fonction du nombre de postes
  • Les recettes ou coûts des consultations et actes externes…

D’autres situations peuvent recourir utilement à ces évaluations, par exemple lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) dans le secteur privé ou de calculs prévisionnels de primes. Ainsi, les augmentations négociées rapprochées de l’évolution des effectifs donnent rapidement une estimation des dépenses prochaines de personnel.

 

Les perspectives et les pistes pour aller plus loin

Notre première recommandation, que nous avons appuyé dans nos exemples, est d’utiliser les bases de données existantes qui regorgent de données de comparaisons. Nous pensons bien évidemment en France à Hospidiag, mais aussi à la SAE ou à ScanSanté (pour les données d’activités PMSI).

Les établissements mettent aussi à disposition sur leur site internet et permettent le téléchargement de nombreuses informations, notamment par leurs bilans sociaux ou leurs rapports d’activité.

Enfin, les tableaux de contrôle VALID-RTC produits dans le cadre du dispositif de comptabilité analytique français des retraitements comptables sont une très grande source d’information, puisque les résultats (en coûts complets ou partiels) sont toujours fournis pour l’année en cours et l’année précédente, ce qui représente de très nombreuses situations d’analyse pour comparer alternativement volumes et coûts.

Ces quelques lignes peuvent être résumées en suggérant de penser systématiquement au parangonnage (ou « benchmarking ») auquel on ne songe pas toujours en ces termes.

 

Quelques conseils

Le premier découle des lignes immédiatement précédentes : nous vous conseillons de toujours estimer qu’il est possible de réaliser des comparaisons soit par rapport à l’historique de l’établissement, soit par rapport aux données d’autres structures.

Le second est un peu tautologique, mais il consiste à conseiller de toujours penser à l’existence de cette méthode effets prix / volume pour enrichir et renforcer la qualité de vos présentations et de vos analyses.

Afin de faciliter les calculs et l’appropriation des résultats, nous proposons de « réciter les formules en français », c’est-à-dire d’utiliser comme une aide les deux phrases que nous avons systématiquement utiliser dans nos exemples. Cela permet une meilleure compréhension tant pour celui ou celle qui réalise les calculs que pour celui ou celle à qui ils sont exposés.

S’il n’est pas utile (voire même déconseillé) de faire de longues analyses, une ou deux phrases de commentaires synthétiques – sans lien de cause à effet et strictement factuelles – permettent à chaque interlocuteur de comprendre rapidement et durablement les résultats. C’est le sens de la rubrique « en guise de commentaires » que nous avons rédigée pour chacun des précédents exemples et que nous vous offrons de ré-utiliser ad libitum.

Enfin, nous venons d’évoquer les liens de cause à effet (qui sont à évoquer avec beaucoup de prudence), qui nous amènent à suggérer le recours complémentaire à un autre mode de calcul : celui du coefficient de corrélation. En quelques mots, ce dernier a pour but de mesurer les évolutions entre deux séries de données, plus précisément de voir si elles sont corollaires ou indépendantes. Ceci fera l’objet d’un prochain post…

 

Abréviations

CHU     Centre Hospitalier Universitaire

EPRD    Etat Prévisionnel des Recettes et des Dépenses

ICR      Indice de Coût Relatif

NAO     Négociation Annuelle Obligatoire

RTC      Retraitements Comptables

SAE      Statistique Annuelle des Etablissements

 

 

Posté le 28 octobre 2019 par Nathalie L'Hostis

 

 

Pilar est spécialisée dans la formation, le conseil et le recrutement en contrôle de gestion et aide au pilotage hospitalier. Nos programmes sont spécialement conçus pour vous accompagner sur ces sujets. Nous vous recommandons particulièrement dans cette optique nos programmes suivants, spécialement conçus pour les métiers du pilotage hospitalier et des établissements de santé :

 

10 programmes experts dédiés aux différents métiers du contrôle de gestion hospitalier

9 programmes centrés sur la comptabilité analytiques hospitalières

7 programmes sur les tableaux de bord et indicateurs de pilotage hospitalier

6 programmes pour améliorer et maîtriser les techniques du contrôle de gestion et des données hospîtalières

 

[1] Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS), 2014 : « Guide pour le suivi de la masse salariale », https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dgos_guide_suivi_masse_salariale_2014.pdf

[2] Hélène Löning, Véronique Malleret, Jérôme Méric, Yvon Pesqueux, Eve Chiapello, Daniel Michel, Andreù Solé, 2008 : « Le contrôle de gestion : organisation, outils et pratiques », 3ème édition. Dunod.

Comment réaliser un tableau de bord des RH hospitalières

Comment réaliser un tableau de bord des RH hospitalières ?

 
La demande toujours plus forte d’ « avoir des informations », de même que les grands progrès apportés ces dernières années par les systèmes d’informations décisionnels, n’ont paradoxalement pas rendu plus simple la réalisation de véritables tableaux de bord de pilotage.
 
Si la question de la qualité et de la disponibilité des données peut induire certains choix dans les indicateurs retenus, les documents transmis – sous format type papier ou via un portail web – s’apparentent le plus souvent à des « tableaux de chiffres » (nombreux, détaillés, surtout en € et avec des unités de mesure conventionnelles) qu’à de véritables « tableaux de bord ».
 
L’idée de ce post n’est pas d’explorer les raisons à cette situation, même si le sujet est tout à fait pertinent et légitime. Menant de nombreuses missions et formations en matière d’élaboration de tableaux de bord pour les établissements de santé, notre proposition est de montrer, au travers d’un exemple, la démarche et les étapes débouchant sur une maquette. Nous avons aussi choisi le domaine des ressources humaines hospitalières, dont les besoins de pilotage sont perceptibles et croissants. Cet exemple, dont la démarche a été réalisée lors d’une de nos récentes sessions, a été élaboré par un groupe de professionnels issus d’établissements publics de santé mentale.
 

Une démarche basée sur la méthode du Balanced ScoreCard

Derrière cette terminologie fort peu francophone, se cache l’une des dernières grandes méthodes documentées et déployées en matière de contrôle de gestion et d’aide au pilotage, quel que soit le secteur ou la typologie d’activité. Ainsi, c'est en 1992 que David Norton et Robert S. Kaplan ont lancé la méthode du "Tableau de bord prospectif équilibré", appelée Balanced ScoreCard ou BSC en anglais.
 
Insistant largement sur la notion de performance et son caractère multidimensionnel, les auteurs proposent une méthode de mesure des activités d'une entreprise au travers de quatre axes majeurs : la dimension économique et financière, les clients, les processus internes et organisationnels, les actions d'apprentissage et d'amélioration. La détermination des indicateurs de pilotage est guidée par ce premier filtre de préoccupations.
 
Cependant, bien que souvent - de façon croissante, voire inadaptée et « crispante » - le terme de "performance" soit utilisé, son contour et sa définition méritent d'être rappelés. Ainsi, le monde sportif et athlétique définit la performance comme un résultat chiffré (en temps ou en distance) d'un athlète ou d'une équipe, et par extension la victoire sur une autre équipe ou un adversaire. La référence à un univers concurrentiel, bien connu des sociétés du marché, est déjà posée.
 
La définition qui nous intéresse plus dans notre cas pose la performance comme le résultat obtenu dans un domaine précis. L'enjeu majeur réside alors dans l'atteinte concrète de ces objectifs, dans un processus de définition préalable de la stratégie jusqu'à une évaluation des résultats obtenus.
 

Quelques caractéristiques de la performance en établissement de santé

Le premier niveau de repérage et de mesure de la performance d'un établissement de santé réside dans sa triple mission :
  1) Répondre aux besoins de santé de la population qu'il lui est demandé de servir, tels qu'ils s'expriment explicitement ou implicitement, sur le territoire de santé auquel il est rattaché. Un mécanisme de planification et/ou de contractualisation peut fixer le périmètre de ces besoins à prendre en charge
  2) Assurer la qualité des soins, des prestations et de toutes les activités qu'il réalise, en particulier en termes de prise en charge du patient
  3) Optimiser, de façon continue, son efficience économique et organisationnelle, puis en rendre compte à ses tutelles réglementaires, aux patients et aux citoyens au sens large.
 
Si ces caractéristiques concernent tous les établissements de santé, quelle que soit leur taille, leur situation géographique, leur statut public, associatif ou privé ... cela n'est cependant pas suffisant pour identifier et piloter leur performance propre.
 
C'est pourquoi, la notion de performance peut être complétée en posant qu'elle se caractérise, fondamentalement et simplement, par la capacité d'un établissement de santé à atteindre les objectifs qu'il s'est fixé, dans le cadre de sa stratégie.
 
Cette nouvelle définition, à la fois élargie et managériale, laisse entrevoir l'aspect multidimensionnel de ce concept. Ainsi, la performance intègre :
    1) Une vision "médicale" et soignante, où avant toute évaluation, le but à atteindre est l'efficacité des soins et des prises en charge produits, au regard des référentiels médicaux et des normes de pratiques
    2) Une vision économique et financière, fondée sur l'efficience des activités réalisées. On peut préciser ce point en ajoutant deux points complémentaires : la recherche d'une production optimale sous contrainte de ressources et le retour sur investissement de tout budget par denier public.
 

Le périmètre de notre exemple

Nous avons mené le trimestre passé une session de formation dédiée au contrôle de gestion des ressources humaines hospitalières. La première partie de ce programme est consacrée à la présentation de cette fonction plutôt nouvelle à l’hôpital et aux compétences attendues et à organiser. Le deuxième temps de la formation porte sur les différentes dimensions à mettre sous contrôle (dépenses et coûts salariaux, effectifs et contrats, absences, systèmes d’information RH etc…). La troisième partie est spécifiquement dédiée aux outils du contrôle de gestion des RH hospitalières, et c’est à cette occasion que le sujet des tableaux de bord est abordé. La session se poursuit par les dossiers transversaux, la contribution du contrôle de gestion des RH à la performance de son établissement et à des éléments de conduite de projet pour le développement de cette fonction à l’hôpital.
 
Les participants manipulent à la fois les concepts fondamentaux du pilotage et de la gestion des ressources humaines, tout en les resituant dans les grandes problématiques hospitalières.
 
Lors d’un atelier, nous sommes convenus d’élaborer ensemble la maquette du tableau de bord des RH à destination de la Direction des RH, voire de la Direction Générale. Rappelons que la plupart des participants étaient des professionnels du management issus d’établissements psychiatriques et de santé mentale. 
 

Les différentes étapes de détermination du contenu et des indicateurs du tableau de bord des RH en établissement de santé mentale

1ère étape : la détermination des objectifs stratégiques pour les ressources humaines
 
Le choix a été fait de retenir un établissement en particulier. Ce point est important pour rappeler la singularité et la « non reproductibilité » des objectifs de chaque hôpital ou clinique. En l’occurrence, et pour le qualifier de façon très globale, l’établissement retenu était de taille intermédiaire, avec des activités de proximité sur son territoire, mais aussi de recours, enregistrant des résultats économiques à l’équilibre et une dynamique managériale interne solide.
 
Les objectifs stratégiques retenus en matière de ressources humaines hospitalières ont été les suivants :
  • Maintenir l’équilibre financier de l’établissement
  • Assurer l’adéquation entre les ressources humaines et les activités
  • Garantir le respect de la réglementation
  • Assurer la qualité et la gestion des risques en matière RH
  • Réaliser le projet social
  • Contribuer à la satisfaction des patients
  • Développer les outils et le système d’information des RH
  • Contribuer à la satisfaction des agents
 
Si l’exposé de ces objectifs peut paraitre évident, j’insiste pour dire que l’expression de ces points se révèle souvent laborieuse (nécessitant fréquemment plusieurs heures de travail commun guidé, voire encadré, par un consultant facilitateur), mais pourtant fondamentale. En effet, c’est à partir de ces objectifs que se déterminent et se choisissent les indicateurs de pilotage à suivre.
L’avantage contributif de « partir » des objectifs réside dans le fait qu’au lieu de choisir et de proposer des informations disponibles pour les mettre dans les tableaux (de suivi plus que de bord), le focus est porté sur la performance de la fonction dans toutes ses dimensions.
 
2ème étape : l’identification des différentes actions pour atteindre les objectifs précédemment établis
 
Si la cible est clarifiée par la première étape, les moyens d’y parvenir – cœur du pilotage tant à court terme qu’à plus longue échéance – font partie des éléments à déterminer. Pour cela, et dans l’exemple qui nous concerne, voici ce qu’ont retenu les participants :
 
Objectifs stratégiques en matière RH
Actions stratégiques à mettre en place
  • Maintenir l’équilibre financier de l’établissement
  • Maîtriser la masse salariale
  • Assurer le calibrage adéquat des effectifs
  • Augmenter la productivité
  • Contribuer au respect des objectifs des contrats de pôle
  • Assurer l’adéquation entre les ressources humaines et les activités
  • Identifier les futurs besoins en matière RH pour l’établissement
  • Mettre en œuvre le projet GPEC
  • Aider à optimiser l’organisation des services
  • Soutenir les cadres dans la réalisation de plannings adaptés
  • S’assurer de la conformité du processus de recrutement ou  de stages
  • Mettre en œuvre la politique d’évaluation des agents
  • Garantir le respect de la réglementation
  • Assurer le déroulement conforme des instances RH
  • S’assurer de la mise en œuvre conforme des statuts et de la gestion des carrières
  • S’assurer du respect des droits sociaux des agents
  • S’assurer du respect et de l’application du règlement intérieur
  • Réaliser les chantiers réglementaires du domaine RH et les déclarations obligatoires
  • Assurer la qualité et la gestion des risques en matière RH
  • Mettre en œuvre le plan d’actions du document unique
  • Anticiper la survenue de contentieux RH
  • Prévenir les risques psycho-sociaux
  • Assurer la mise en œuvre du plan d’action consécutif à la certification
  • Réaliser le projet social
  • Développer la « culture d’entreprise » dans l’établissement
  • Contribuer à la satisfaction des patients
  • Développer « l’écoute – patient »
  • Assurer les compétences adaptées par rapport aux besoins des patients
  • Développer les outils et le système d’information des RH
  • Analyser les besoins en matière de SI RH
  • Améliorer le suivi informatisé des agents (notamment les affectations et les mouvements)
  • Assurer la sécurité du SI RH
  • Adapter le contenu et l’accessibilité des données agents
  • Contribuer à la satisfaction des agents
  • Assurer un accueil adapté des nouveaux recrutés
  • Favoriser la « bonne santé » des agents
  • Mesurer la satisfaction des agents
  • Développer les informations mises à la disposition des agents
 
A nouveau, l’exercice consistant à identifier les actions possibles et contributives des objectifs RH recherchés ne va pas de soi. Le travail du consultant – encadrant consiste à guider les participants sur l’aspect « concrétisation », en proposant notamment d’utiliser uniquement des verbes d’action à l’infinitif. Ce dernier point est un « truc » que j’utilise très fréquemment, car l’indicateur qui sera par la suite choisi, sera alors déjà porteur d’une capacité à agir et à se repositionner, très utile pour aider à piloter et à conseiller les décideurs.
 
3ème étape : le choix des indicateurs
 
Poursuivant la déclinaison des objectifs jusqu’à la manière de mesurer les résultats, le travail consiste à reprendre chaque action précédente, et à imaginer la façon la plus proche et mesurable de s’assurer qu’elle se réalise (ou non). Voici ce qu’ont choisi les professionnels des RH de l’établissement de santé mentale étudié :
 
Actions stratégiques à mettre en place
Indicateurs de pilotage choisi
  • Maîtriser la masse salariale
  • Montant total des dépenses de titre 1
  • Assurer le calibrage adéquat des effectifs
  • ETP présents / file active pour extrahospitalier
  • ETP présents / lits pour intra
  • Augmenter la productivité
  • Nombre de journées / ETP pour HC + HJ
  • Nombre d'actes / ETP pour ambulatoire
  • Contribuer au respect des objectifs des contrats de pôle
  • Nombre total de mensualités de remplacement
  • Identifier les futurs besoins en matière RH
  • Nombre de fiches actions actualisées
  • Mettre en œuvre le projet GPEC
  • Nombre de fiches de poste mises à jour
  • Taux de réalisation du plan d'actions 'GPEC'
  • Aider à optimiser l’organisation des services
  • Nombre d'études et chantiers d'organisation réalisés
  • Soutenir les cadres dans la réalisation de plannings adaptés
  • Taux de cadres formés depuis moins de 3 ans à la réalisation des plannings
  • S’assurer de la conformité du processus de recrutement ou  de stages
  • Taux de respect du processus de recrutement
  • Mettre en œuvre la politique d’évaluation des agents
  • Nombre d'agents ayant suivi entièrement les étapes de la politique d'évaluation
  • Assurer le déroulement conforme des instances RH
  • Taux de réalisation des tâches relatives à la tenue conforme des instances
  • S’assurer de la mise en œuvre conforme des statuts et de la gestion des carrières
  • Nombre de dossiers agents traités sur le thème "Carrières"
  • Nombre d'erreurs ou d'écarts en matière de droits aux congés et absences
  • S’assurer du respect des droits sociaux des agents
  • Délai moyen de réponse aux demandes d'agents en matière de droits sociaux
  • S’assurer du respect et de l’application du règlement intérieur
  • Nombre d'écarts constatés par rapport au règlement intérieur
  • Réaliser les chantiers réglementaires du domaine RH et les déclarations obligatoires
  • Nombre de chantiers réglementaires et déclarations obligatoires en cours (dont nombre "en retard")
  • Mettre en œuvre le plan d’actions du document unique
  • Taux de réalisation du plan d'actions "Document unique"
  • Anticiper la survenue de contentieux RH
  • Nombre de dossiers agents "à risque de contentieux
  • Taux d'absentéisme
  • Prévenir les risques psycho-sociaux
  • Taux de réalisation du plan "Prévention des risques psycho-sociaux"
  • Assurer la mise en œuvre du plan d’action consécutif à la certification
  • Taux de réalisation du plan d'actions "Suite certification" concernant les RH
  • Développer la « culture d’entreprise » dans l’établissement
  • Nombre d'actions réalisées relatives à la "culture d'entreprise"
  • Développer « l’écoute – patient »
  • Nombre d'agents formés à "l'écoute-patient"
  • Assurer les compétences adaptées par rapport aux besoins des patients
  • Taux de réalisation du plan de formation "Soins"
  • Analyser les besoins en matière de SI RH
  • Taux de réalisation du projet "Identification et propositions relatives aux besoins en matière de SIRH"
  • Améliorer le suivi informatisé des agents (notamment les affectations et les mouvements)
  • Nombre de corrections dans les affectations et les mouvements des agents
  • Assurer la sécurité du SI RH
  • Nombre d'évènements indésirables liés à la sécurité du SI RH
  • Adapter le contenu et l’accessibilité des données agents
  • Nombre de demandes satisfaites relatives aux données agents
  • Assurer un accueil adapté des nouveaux recrutés
  • Niveau de satisfaction des nouveaux recrutés "à chaud"
  • Favoriser la « bonne santé » des agents
  • Nombre d'agents ayant participé à au moins une action de sensibilisation à leur "bonne" santé
  • Mesurer la satisfaction des agents
  • Niveau de satisfaction des agents
  • Développer les informations mises à la disposition des agents
  • Nombre d'exemplaires édités du journal interne

 

4ème étape : le maquettage

A ce stade, chaque indicateur est « affecté » à l’une des 4 rubriques du Balanced ScoreCard adapté au contexte hospitalier : « Efficience économique / financière », « Qualité des soins et organisation », « Ressources et management », « Patients et Partenaires ». Pour chaque indicateur, seront par ailleurs à indiquer 4 mesures : Réalisé / Cible / Ecart / Evolution. La fréquence idéale de mise à disposition est aussi déterminée.
Pour notre exemple, voici le résultat de cette maquette :
 
 
Bien entendu, ce tableau de bord ne permet pas de suivre tous les résultats en matière RH. Car en même temps… ce n’est pas son but ! L’action et la mesure du déroulement des réalisations étant le plus important, il sera, naturellement et justement, complété par d’autres outils, type tableaux de suivi, études économiques ou audits.
 
La maquette proposée aura alors à être testée et modifiée au besoin. D’expérience, un certain temps est nécessaire pour s’approprier ces logiques de pilotage – très orientés sur les résultats stratégiques à atteindre – et persévérer dans l’analyse des résultats.
 
Ce travail aura aussi à être compléter par la réalisation d’autant de fiches indicateurs que d’indicateurs retenus. Tant pour contribuer à fixer la manière, les modalités, les calculs et les contours que pour asseoir la qualité des informations produites.
 
Abréviations
BSC      Balanced ScoreCard
ETP      Equivalent Temps Plein
GPEC   Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Carrières
HC       Hospitalisation Complète
HJ        Hospitalisation de Jour
RH        Ressources Humaines
SI         Système d’Information
 
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Posté le 3 février 2016 par Nathalie L'Hostis

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