Cet épisode s’inscrit dans La Fabrique du roman, une série de textes consacrés à la construction du roman Genèse imparfaite de Nathalie L’HOSTIS, publié aux éditions Pilar.
À travers dix épisodes et deux bonus écrits par l'autrice, cette série revient sur la genèse littéraire et éditoriale du livre, de l’idée initiale aux choix d’écriture et d’édition, en lien étroit avec le monde hospitalier, les maladies rares et les réalités du soin.
Connaissez-vous la sunk cost fallacy ? Cette théorie du biais des coûts irrécupérables désigne la tendance à poursuivre un projet en raison des investissements déjà engagés (temps, argent, énergie), alors même que ces coûts passés ne devraient plus influencer un choix rationnel. Je pense que j’ai été atteinte de cette pathologie en 2022.
Reprenons : j’ai envoyé mon manuscrit en 2021 auprès de plusieurs éditeurs sans succès. Or, je considère l’écrit comme un axe majeur, à tel point que l’édition est inscrite depuis le départ dans les statuts de Pilar. Sauf que je ne l’imaginais pas pour un roman… Mon livre est entièrement écrit quand même !
Les conseils pour m’inciter à opter pour l’autoédition étaient convaincus. Mais par vœu de crédibilité, surfant sur internet et découvrant entourloupes et limites à l’autoédition, devenir une authentique maison fut mon choix. Me voilà me rêvant dans les pas de Virginia Woolf, rare femme à cumuler l’écriture et l’édition. Romantisme quand tu nous tiens...
Moi qui viens de l’hôpital que j’imaginais comme le secteur le plus complexe qui soit, c’est un peu la douche froide. Les complications vont crescendo. Nous créons une fonction dédiée au sein de Pilar et c’est Marie qui devient ma fidèle et remarquable chargée d’éditions.
Déblayer le processus fut l’une des priorités : éditer un livre passe par un tunnel logistico-réglementaire, avec un contrat d’auteur, l’obtention d’un International Standard Book Number (ISBN), la correction (avec des devis de plus de 3 000 €…), la galère de l’impression (le point noir à ce jour), les inscriptions obligatoires, le dépôt à la Bibliothèque Nationale de France (BNF), la diffusion et la promotion.
Je me remémore les 4 P appris en école de commerce et fais tourner Excel pour établir un compte de résultat (avec charges directes/indirectes et variables/fixes, of course).
Dans cet apprentissage, nous nous rendons en 2023 à la London Book Fair : le livre y est un objet et nous comprenons que la logistique est mondialisée. Pour les auteurs, c’est au fond à gauche mais les pays y tiennent des stands aussi grandioses que leur soif de soft power. Autre ambiance en 2024 avec le Salon du livre à Paris : une atmosphère jubilatoire, des conférences, des dédicaces et des groupies. Puis cet été, en pleine rue, le Chicago Book Festival est bohème mais – choc – un stand sur quatre est tenu par des maisons évangélistes.
Selon le Syndicat National de l’Edition (SNE), 10 000 éditeurs sont recensés en France mais une dizaine tient 85 % de ce marché à 2,9 Md€ en 2024. Nous n’avons pas du tout leur force de frappe, nous informatisons. Nous optons, contraints mais opiniâtres, pour une première phase de vente avec la création d’une boutique en ligne. Notre plan envers les librairies va être plus long que prévu, peut-être plus qualitatif aussi.
A l’heure de l’apéritif, face à mon frigo affublé du magnet ci-dessous ramené de notre voyage américain, je dis à ce jour que l’autrice va bien, l’éditrice un peu moins. Les deux n’ont cependant pas dit leur dernier mot.

Le Syndicat National de l’Edition (SNE) et les chiffres 2024 :
https://www.sne.fr/actu/les-chiffres-de-ledition-en-2024-baisse-en-valeur-et-en-volume-du-chiffre-daffaires/
Texte écrit le 21 décembre 2025 par Nathalie L'Hostis.
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https://pilar-institute.com/shop/category/191