Cet épisode s’inscrit dans La Fabrique du roman, une série de textes consacrés à la construction du roman Genèse imparfaite de Nathalie L’HOSTIS, publié aux éditions Pilar.
À travers dix épisodes et deux bonus écrits par l'autrice, cette série revient sur la genèse littéraire et éditoriale du livre, de l’idée initiale aux choix d’écriture et d’édition, en lien étroit avec le monde hospitalier, les maladies rares et les réalités du soin.
« Parce que c’est facile à lire, on croit que c’est facile à écrire ». Quelle justesse de la part de Dany Laferrière dans son Journal d’un écrivain en pyjama !
L’écriture de mon livre a débuté le 31 décembre 2019 pour s’achever le 11 février 2025. Ne croyez pas les œuvres écrites en quelques jours même sous stupéfiants. Flaubert a mis cinq ans pour accoucher de Madame Bovary, c’est dire.
Mails, études, SMS : écrire fait partie intégrante de ma vie. A l’heure de se mettre au roman, une première question envahissante est apparue : quel style adopter ? Faut-il faire des phrases lyriques ou factuelles ? Peut-on rédiger en langage familier ? Que vaut ma plume que personne n’a évaluée ? Comment faire avec les dialogues ?
Ce 31 décembre 2019 à Palavas-les-Flots, mon appartement de location donne sur le port. Sous les bourrasques hivernales, je vois les mâts des bateaux et imagine leur cliquetis. J’ouvre mon ordinateur et saute le pas, sans repère et interrogative. Ces premières pages seront les plus difficiles à corriger sans y parvenir tout à fait. Il me faudra du temps – notamment passer le COVID qui me fera abandonner l’écriture pour le sauvetage de mon entreprise – mais le rythme viendra.
Je reprendrai plus tard, entre avril et juillet 2021. Je travaille en parallèle. Tous les jours j’écris : entre 2 et 4 heures, entre 2 et 6 pages. J’achète un traité de ponctuation qui m’ouvre un monde.
J’avance plutôt bien jusqu’au point d’orgue de mon quatrième chapitre. Dans mon for, je l’appelle la ‘lettre de Nadia’, écrite de façon anticipée un jour d’extrême tristesse alors que j’apprends le décès d’un ami. Le recours à la forme épistolaire est depuis longtemps dans mon esprit pour décrire le drame et les secrets de cette femme et de sa famille.
Mon manuscrit est prêt. Je souhaite un œil expert et opte pour l’envoi aux plus grands éditeurs de la place. Un seul me répondra, bien des mois plus tard, de façon négative mais sans argument. Je ne le prends pas mal : j’en déduis que le texte n’est pas bon. Alors, phrase par phrase, je vais le réécrire, deux fois, trois fois, jusqu’à cette cinquième version qui me prendra à elle seule un an et demi.
J’ai la chance de rencontrer Julie, libraire. C’est elle qui me donnera ce conseil : « relis-toi à voix haute ». Cette technique a été prodigieuse : à l’oral, tout s’entend, les fautes, les butées, les lourdeurs. Je viens de comprendre comment rendre un texte lisible. Cette pratique est tellement puissante que je l’utilise désormais pour tous mes écrits professionnels importants, mails inclus. Mes tics de primoautrice ont été améliorés, de l’usage des adjectifs aux phrases trop longues.
Dans ce chemin, j’ai toujours eu une certitude : il faut commencer ce roman par un dialogue et une phrase interrogative.
« Madame Bourgeois ?
- Oui.
- Bonjour, je suis Coralie, l’assistante maternelle de l’école de Noémie. »

Photo personnelle prise le 5 septembre 2025 lors de la visite de l’American Writers Museum de Chicago.
Texte écrit le 7 décembre 2025 par Nathalie L'Hostis.
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