Cet épisode s’inscrit dans La Fabrique du roman, une série de textes consacrés à la construction du roman Genèse imparfaite de Nathalie L’HOSTIS, publié aux éditions Pilar.
À travers dix épisodes et deux bonus écrits par l'autrice, cette série revient sur la genèse littéraire et éditoriale du livre, de l’idée initiale aux choix d’écriture et d’édition, en lien étroit avec le monde hospitalier, les maladies rares et les réalités du soin.
Je viens de recompter : mon roman Genèse imparfaite recense 29 personnages. J’entends par là quelqu’un.e à qui j’ai donné un prénom et qui s’exprime à la première personne dans au moins un dialogue. Une vingtaine d’autres font de courtes apparitions, auxquels s’ajoutent quatre célébrités. Ma communauté ferait un beau générique de film…
Ces chiffres pourraient laisser imaginer un grand capharnaüm, quelque excès ou des lourdeurs. Je suis la première surprise par ce nombre mais le résultat, de l’avis de mon premier lectorat, s’avère fluide.
Les personnages font partie des points les plus importants d’un livre. Je n’avais jamais réalisé cet exercice auparavant. Cette création a été aussi épanouissante que studieuse, et quelques fils rouges m’ont guidée.
Mon objectif étant d’écrire une histoire, j’ai suivi comme principe de créer des personnes complètement fictives, mais plausibles.
Ma fortune vient du fait que je n’ai pas de problème d’imagination et que j’observe beaucoup. Mon expérience hospitalière ou personnelle m’aura apporté des portraits et des images.
Parce que les sentiments, les non-dits et les relations transparaissent de façon non verbale, j’ai souhaité me concentrer sur les corps, leur manière de se mouvoir et de ressentir la totalité du spectre allant de la douleur à la transcendance physique.
Je pâtis d’un défaut dont j’ai pris le risque très à cœur : celui de créer des personnages qui correspondraient trop à mes valeurs ou à ma vision des choses. L’un d’entre eux – Tahar - est particulièrement noir, criminel, diabolique, à mille lieues de mon quotidien : cela m’a beaucoup plu de l’imaginer très différent mais traversé de doutes et de nuances.
A partir du moment où mon plan était fixé, les personnages principaux sont arrivés rapidement. Genèse imparfaite repose sur une généalogie et ses secrets : il était naturel de convoquer deux familles très différentes. Les trois héros (les parents Haykel et Florence, l’enfant Noémie) n’ont pourtant pas été les premiers que j’ai imaginés. Je livre ce soir un scoop : tout est parti d’une survivante : Nadia. Elle est la mère d’Haykel et du redoutable Tahar, personnages que j’ai créé logiquement à sa suite.
Puis les choses se sont déroulées de façon concentrique, de proche en proche. Certains personnages sont apparus de façon opportuniste, au gré des besoins et de l’évolution du récit.
Enfin, deux compositeurs ont parachevé ce cadre : Mozart et Verdi. Ainsi, les œuvres du premier reposent souvent sur un couple principal de chanteurs, mis en valeur par des rôles plus secondaires. C’est le cas de Don Giovanni où Masetto et Zerlina n’ont pas la flamboyance du noble ou de Donna Anna mais donnent un côté léger et plus humain. Quant au second, le quatuor ‘Bella figlia’ et surtout le trio ‘Ah! più non ragiono’ de son Rigoletto sont pour moi des monuments où les voix des voix se superposent, exprimant chacune une intention distincte jusqu’au drame.

Texte écrit le 30 novembre 2025 par Nathalie L'Hostis.
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