Cet épisode s’inscrit dans La Fabrique du roman, une série de textes consacrés à la construction du roman Genèse imparfaite de Nathalie L’HOSTIS, publié aux éditions Pilar.
À travers dix épisodes et deux bonus écrits par l'autrice, cette série revient sur la genèse littéraire et éditoriale du livre, de l’idée initiale aux choix d’écriture et d’édition, en lien étroit avec le monde hospitalier, les maladies rares et les réalités du soin.
Mon métier de chiffres me passionne. Pour autant, depuis que j’ai annoncé écrire, je me sens le devoir de me justifier.
J’apprécie les questions spontanées que l’on me pose : de quoi parle mon livre ? Pourquoi écrire ? Une interrogation est systématique : est-ce que je parle de moi ou de ma vie ? Et bien non.
Autant le dire : j’ai adoré écrire. J’ai ressenti ce qu’a dit Abnousse Shalmani lors de la libération de Boualem Sansal : "Pour l'écrivain comme pour le lecteur, le seul lieu de la liberté totale, c'est le roman. C'est la littérature. C'est l'imaginaire."
Mon choix pour la fiction a été voulu. Pour que l'histoire prenne, il existe cependant une condition de taille : il faut que le public puisse y croire. Le principe de plausibilité a été majeur dans ma démarche. Par exemple, tous les lieux sont vrais et, à une exception près, je les ai traversés.
Etre plausible ne veut pas dire que l’histoire est vraie. Cela signifie que le lecteur peut y croire. Tant pour les personnages que pour les aspects historiques, sociaux ou médicaux, le souci de la justesse a été essentiel.
Ce fil en a amené un autre : « il faut le voir pour le croire ». J’ai été surprise des retours de mes premiers lecteurs : sans se connaître, leur message respectif comportait le terme de cinéma. Mon fonctionnement en images a certainement eu un impact. Par réalisme, mon attention s’est aussi portée sur les aspects sensoriels et les détails.
Dans une dédicace récente, j’ai inscrit que je suis une jeune romancière et un vieil écrivain. Trouver le mot juste, tenir compte du destinataire, choisir des termes compréhensibles et percutants : ces techniques me servent au quotidien.
Dans ce projet particulier, je les ai requises pour servir mon seul but : sensibiliser à des sujets redoutables qui peuvent tous nous concerner.
C’est ce qu’a réussi le film Philadelphia en son temps : le public sait pertinemment que les personnages sont fictifs et que cette histoire n’est pas réelle. Mais on apprend. On y croit. En étant précise, esthétique et réaliste, cette œuvre a durablement changé notre regard sur les personnes infectées par le VIH.

Philadelphia, 1993
Réalisé par Jonathan Demme, produit par TriStar Pictures
Texte écrit le 16 novembre 2025 par Nathalie L'Hostis.
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