Cet épisode s’inscrit dans La Fabrique du roman, une série de textes consacrés à la construction du roman Genèse imparfaite de Nathalie L’HOSTIS, publié aux éditions Pilar.
À travers dix épisodes et deux bonus écrits par l'autrice, cette série revient sur la genèse littéraire et éditoriale du livre, de l’idée initiale aux choix d’écriture et d’édition, en lien étroit avec le monde hospitalier, les maladies rares et les réalités du soin.
Il est fort tard vendredi quand je jette un dernier coup d’œil au site du Monde. Je lis que James Watson, co-découvreur de la structure en double hélice de l’ADN, vient de mourir à 97 ans.
Cette hélice est l’une des plus hypnotiques choses qui soient. Loin d’être une biologiste moléculaire, mon regard s’émerveille de la poésie, de la simplicité confondante de sa composition (à peine quatre éléments nucléotides) et de l’extravagant univers des possibles : une infinité de combinaisons aboutit à l’ADN d’un seul être vivant.
Pourtant, ce scientifique n’est pas le meilleur des hommes, pilleur du travail de sa consoeur Rosalind Franklin, raciste, sexiste et eugéniste.
Vers 2017-2018, j’ai deux réflexions en tête. D’abord, un gène, ça ne ment pas. Le monde vivant et la personne humaine en particulier ont développé leur génie et leur adaptation tant par la pensée pure que par la ruse. La grenouille peut paraitre plus grosse que le bœuf. Les faits divers montrent l’exploitation de la crédulité par des individus bien sous tous rapports. Nous sommes prêts à suivre le premier des évangélistes qui peut, dès le rideau tombé, être le dernier des sorciers.
Dans ce monde d’apparences, l’essor de la science par les preuves - que je date du XVIIIème siècle - est à la fois un contre-pouvoir et un champ salvateur de nouvelles connaissances. L’article du Monde a raison de dire que la génétique est une révolution : on n’a jamais été aussi proches de la vérité.
Voilà ce qui me taraude, jouant avec ces deux mots que j’ai faits miens : la genèse et l’imperfection.
Tout partira du titre. Il est la clé de mon livre.
La littérature me semble un excellent moyen de « jouer » avec ces notions contradictoires. La thématique, passionnante, du secret surgit rapidement : peut-on se fier aux signes visibles, y compris au sein de sa famille ? La genèse - d’où nous venons, ce qui depuis la nuit des temps construit notre identité - est-elle conforme à ce que l’on nous en a dit ? L’œuvre de Dieu (ce texte est princeps dans mon approche), par essence parfaite, passe-t-elle l’épreuve de nos tristes conditions terrestres ?
Ces deux termes ne pourraient aller mieux ensemble, avec un arbitre de taille : le gène. Cette maladie terrible qu’est l’ostéogenèse imparfaite, souvent héréditaire, est causée par une vingtaine d’entre eux.
Mon plan se fait rapidement dans ma tête : il y aura cinq chapitres. Le premier portera sur la découverte, sidérante, de la maladie de Noémie, enfant des parents Florence et Haykel. Le second expliquera pourquoi sa mère a été marquée à vie par les dissimulations de son précédent compagnon. Le troisième, en Tunisie, verra l’émergence du premier secret, diabolique. Le quatrième, que j’ai voulu crescendo, verra un deuxième secret, très violent. Le dernier portera sur les conséquences de « la tragédie de leur genèse, [qui les a] fait dégringoler dans la folie du monde ».

Furio sfocato
Aquarelle personnelle réalisée le 3 mai 2025
Texte écrit le 9 novembre 2025 par Nathalie L'Hostis.
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